Πέμπτη, 2 Νοεμβρίου 2017

Colloque à PLOESTI 16.11 LA MENACE DE LA STAGNATION SÉCULAIRE par Maria negreponti-Delivanis

Colloque à PLOESTI 16.11

LA MENACE DE LA STAGNATION SÉCULAIRE
par Maria negreponti-Delivanis


Introduction

Depuis la deuxième grande crise de 2017, l'économie mondiale donne l'impression d'avoir sombré dans le chaos où plus rien ne marche. «Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres»[1]. Les acquis des luttes sociales des 200 dernières années sont balayés à toute vitesse, transformant le monde du travail en jungle. Pas une seule des promesses qui ont imposé la mondialisation d'un bout à l'autre de la planète n'a été respectée. Finalement, ce système n'aura pas été celui qui assurerait la prospérité aux habitants de la Terre, mais celui qui a affiché très peu de gagnants pour une infinité de perdants. L'économie mondiale est trop dirigée dans les mains d'une élite trop peu nombreuse, représentant 1% de la population mondiale et détenant 99% de la richesse mondiale, tandis que 99% de la population mondiale lutte pour survivre avec 1% de la richesse mondiale. Elle est presque exclusivement aussi détenue par les 62 habitants les plus riches de la planète, qui possèdent 50% de la richesse mondiale[2].
Principale responsable de cette évolution dramatique, mais pas la seule, la mondialisation. Il ne serait pas correct que les souffrances sans fin accumulées par ce système sur la planète depuis les années 70 soient imputées à la suppression des frontières nationales qui, on le sait, constitue la quintessence de la mondialisation. Et cela, car les effets négatifs de celle-ci ont été fortement renforcés par sa coexistence, premièrement avec un degré extrêmement élevé de néolibéralisme, deuxièmement avec l'invasion dans l'économie mondiale d'une série de nouvelles technologies révolutionnaires, troisièmement enfin, et de toute évidence le plus important, avec les impasses où l'a menée la maturité croissante du système capitaliste.
  
Ces difficultés ont fait violemment réapparaître une théorie oubliée pendant presque 80 ans, celle du célèbre économiste et président de l'American Economic Association, Alvin Hansen. Il l'énonça en 1939[3]. Selon cette théorie, l'arrivée de la phase de stagnation séculaire doit être envisagée comme une conséquence inévitable du système capitaliste arrivé à maturité, lequel, à partir d'un certain point, n'est plus en mesure d'alimenter la croissance.
Cette prévision initiale pessimiste a très vite été démentie par le rythme de croissance très rapide qui a prévalu dans le monde après la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Sa récente réapparition s'explique par la stagnation et par le rythme de progression trop lent sur le long terme en Europe, aux États-Unis et au Japon. C'est l'économiste Lawrence Summers[4], entouré d'une équipe d'économistes de renom[5] qui, en 2013, a repris cette théorie. Dans les deux paragraphes de cette introduction, nous étudierons quelques changements autonomes observés dans les économies avancées modernes, et qui sont attribués à la maturation du système capitaliste. Ces changements confirment l'opinion de ces économistes qui soutenaient et soutiennent encore aujourd'hui l'idée de la fin de la croissance.


I. Des changements autonomes qui réduisent la demande

Le diagnostic central de la crise actuelle du capitalisme renvoie aux constatations de Karl Marx, telles qu'il les a formulées et analysées dans son œuvre de référence Le capital. À savoir qu'il s'agit d'une crise de la surproductivité déclenchée par une demande insuffisante, de consommation et d'investissement, due à une suraccumulation de capital. Par conséquent, l'impossibilité de parvenir à l'équilibre, avec le plein-emploi et la stabilité monétaire est due:
• à Épargne > Investissement
• à M > L, en offre en monnaie supérieure à la demande, mais V, c'est-à-dire vitesse de circulation de la monnaie, insuffisante et ne permettant pas d'atteindre l'équilibre sur le marché de l'argent
• à une inflation inférieure à celle de l'équilibre
• à un taux d'intérêt plus élevé que celui de l'équilibre
• à l'impossibilité d'absorber l'ensemble de la population active et par conséquent à l'apparition du chômage permanent (équilibre de sous-emploi). 
Autrement dit, les changements autonomes dans les économies modernes ne permettent pas de trouver un point de référence commun où l'épargne serait égale à l'investissement,  l'offre à la demande de la monnaie et au taux d'intérêt réel, et ainsi de réaliser le plein-emploi en commun avec la stabilité monétaire.
Par ailleurs, la crise de 2007, qui persiste depuis 10 ans, renforce l'hypothèse que cette crise n'est pas passagère, et que par conséquent, nous nous devons de chercher ce qui est à l'origine de ces divergences d'équilibre, et ce qui pourrait être fait pour les supprimer.
Les changements les plus importants qui font reculer la demande sont:

a) L'évolution de la population jusqu'en 2035
L'une des interprétations les plus importantes de la théorie initiale d'Alvin Hansen sur la stagnation séculaire était le ralentissement de la croissance démographique. Cette évolution est observée dans de nombreuses économies avancées d'aujourd'hui, et est préoccupante dans le cas de l'Europe où l'évolution de la population active affiche un rythme négatif depuis 2010. Les effets négatifs du vieillissement de la population européenne sont nombreux, car celui-ci réduit:
• le PIB réel par rapport au potentiel
• la demande de nouveaux logements
• la propension à l'investissement et à l'innovation
• et aussi davantage le taux réel naturel, rendant ainsi permanentes les difficultés à atteindre l'équilibre, dans la zone de la trappe à liquidité.
Plus précisément, on estime que la population mondiale va passer de 7,3 milliards actuellement à 8 milliards en 2030, à 9 milliards en 2050, et à 11,2 milliards en 2100. Toutefois, cette augmentation, d'environ 50% de la population mondiale en 2100, sera inégalement répartie, car l'Europe et l'Asie orientale verront leur population diminuer, aux États-Unis on prévoit une augmentation anémique, tandis que dans les économies en développement l'augmentation de la population sera importante, environ 4 milliards selon les estimations, ce qui entravera probablement leur croissance. En outre, cette explosion démographique devrait se concentrer à un degré important dans les économies les plus pauvres de la planète, là où les conditions d'hygiène sont les pires. Ce sont justement ces évolutions qui explicitent l'une des conclusions les plus pessimistes du rapport de la Fondation Bill et Melinda Gates, selon lequel les grandes réalisations de ces dernières années contre la pauvreté et la mortalité infantile et néonatale dans les pays en développement ne seront plus possibles à l'avenir.
Mais la prévision la plus importante et la plus inquiétante pour les économies avancées est le vieillissement de leur population. Selon les projections des Nations-Unies, le nombre des personnes de plus de 65 ans va augmenter de plus de 600 millions et atteindra en 2100 les 2,5 milliards, autrement dit il aura presque doublé par rapport à aujourd'hui. On croit, d'une manière générale, que le problème du vieillissement concerne seulement les économies avancées, mais cette idée ne reflète qu'une partie de la réalité, puisque nombre de régions du monde en développement, telles que la Chine, l'Inde, les Caraïbes, l'Afrique du sud, le Liban, le Maroc et l'Iran entrent dans cette catégorie.
Hormis la satisfaction que les hommes vivront plus longtemps, il faudra aussi faire face aux nombreux problèmes que cela engendrera[6]. D'abord, le vieillissement de la population réduira la demande dans l'éducation et augmentera celle des services de santé. La baisse de la population active, dans l'ensemble réduira les revenus par rapport au potentiel, de même que les recettes fiscales. Les économies dont la population aura vieilli auront même des difficultés d'attractivité d'IDE[7], en raison de leur capacité réduite à produire des richesses. Par ailleurs, les économies avec une population âgée sont exposées aux déficits car, d'un côté les dépenses publiques seront élevées pour les services de santé, et de l'autre, les possibilités de rentrées fiscales seront réduites. Défavorables à la croissance, les résultats le sont, ainsi que les projections qui en découlent relatives à une baisse de la propension à la consommation de biens et services non liés à la santé et à l'augmentation de la propension à épargner. La baisse de la population active implique une chute de la productivité. Une étude sur le sujet, qui portait sur les économies de l'OCDE, conclut que le vieillissement de leurs populations aura un impact négatif sur la croissance[8]. Il ressort d'enquêtes empiriques portant sur certains États américains dans la période 1980-2010, que lorsque la part de la population de plus de 60 ans augmente de 10%, la croissance par tête baisse de 5,5%. Les 2/3 de cette baisse sont dus à la baisse de la productivité du travail et 1/3 au ralentissement du changement de la population active[9]. De grands changements démographiques sont prévus aussi dans l'UE des 27. On prévoit une baisse importante du pourcentage des 15-64 ans, de 67% en 2010 à 56,2% en 2060, ce qui signifie que pour les 50 prochaines années la population active subira une baisse de l'ordre de 42 millions de personnes. Jusqu'en 2030, ces changements entraîneront une forte augmentation des plus de 65 ans, qui passeront de 17,4% à 25,6% de l'ensemble de la population. Autrement dit, concernant le vieillissement de la population européenne, son nombre va presque doubler, et on prévoit qu'il passera de 87,5 millions en 2010 à 152,6 en 2060. Et plus particulièrement, les plus de 80 ans, qui représentaient 5% de la population en 2010, vont plus que doubler jusqu'en 2060 pour atteindre 12%. On compte[10] aujourd'hui dans l'Union Européenne 4 personnes en âge de travailler (15-64 ans) pour un retraité de plus de 65 ans, mais en 2060, il y aura seulement 2 personnes pour un retraité. La population de la Grèce est la plus vieille de l'UE. En 2060, 30% de sa population totale aura plus de 65 ans, contre 14% aujourd'hui. La crise de la dette a déjà fait baisser de 3% la population du pays.
Le problème du vieillissement de la population est la combinaison de l'allongement de l'espérance de vie et du recul de la natalité. Au-delà des changements démographiques en terme de quantité estimés pour les économies avancées pour les prochaines années, un changement qualitatif est aussi attendu, dont les effets seront particulièrement négatifs, non seulement sur le fonctionnement économique des économies, mais aussi sur leur fonctionnement institutionnel. J'entends plus particulièrement la décimation de la classe moyenne[11] qui s'esquisse aussi dans les économies en développement, conséquence de deux décennies de croissance rapide mais qui risque déjà de se réduire. Comme l'histoire l'enseigne, hormis la stabilité qu'elle assure à l'économie, une classe moyenne forte constitue aussi le fondement de la démocratie. Pour exister, elle a besoin d'un revenu équivalent à 10 dollars par personne et par jour, de sorte à ce que ses membres se situent à peu près au milieu de la répartition des revenus, à ce qu'ils aient la possibilité de planifier leur avenir, de faire face à des conjonctures difficiles, telles que perte d'emploi, problème de santé ou faillite d'une petite entreprise, sans que cela impacte radicalement leur de style de vie. L'importance de la classe moyenne dans l'espace économique réside surtout dans la demande de ses membres de biens et services nationaux, qui encouragent le développement. Et plus généralement, une classe moyenne forte, de l'ordre de 30% de la population, assure une gouvernance démocratique satisfaisante au pays, en limitant les privilèges des très riches. Toutefois, garder, étendre et développer la classe moyenne exige une progression constante et non la stagnation[12] qui est déjà installée et, malheureusement, on estime qu'elle se poursuivra dans les prochaines années, à l'échelle presque mondiale. Déjà, les effets néfastes de la stagnation économique sur la classe moyenne se manifestent par son intérêt pour le "populisme". 

Graphique 1. Pourcentage annuel de changement de la population active dans la zone euro

b) La baisse de la propension à investir
La demande d'investissement dans les économies avancées ne suffit pas à absorber l'épargne existante. Comme le constatait déjà Ben Bernanke en 2015[13], «le faible taux réel est la preuve de la baisse et du tarissement relatif des opportunités d'investissement». Le graphique 2 illustre le rendement réel des obligations d'États américaines sur la période 1985-2015, lequel est en baisse constante. Cette baisse est peut-être le résultat d'un cercle vicieux, à savoir qu'elle est peut-être due à la baisse de la demande de consommation, qui déclenche le principe de l'accélération[14] aux effets négatifs, conjointement avec le recul du «phénomène de complémentarité»[15] des investissements initiaux ou due à la désactivation de la destruction créatrice qui, comme l'a soutenu Joseph Schumpeter, est à la base de la croissance capitaliste, ou encore, à l'augmentation de la précarité et de l'insécurité qui se développe au stade du capitalisme de maturité.
Mais, en plus des interprétations ci-dessus, la baisse de la demande d'investissement qui ne permet plus d'absorber l'épargne est également due au fait que les grandes entreprises n'ont pas besoin de recourir à l'emprunt car elles disposent elles-mêmes d'une épargne très importante, et ne savent pas en fin de compte comment l'utiliser. Il s'agit du changement du rôle traditionnel des entreprises dans l'économie mondiale qui, d'emprunteuses sont devenues prêteuses. Comme il ressort d'une récente enquête[16], les entreprises, depuis 1990 et constamment jusqu'à aujourd'hui, au lieu d'emprunter aux ménages, accumulent elles-mêmes de l'épargne, laquelle s'ajoute à la surabondance de liquidités et aggrave ainsi le déséquilibre entre l'épargne qui dépasse l'investissement et constitue la racine de la stabilité de l'économie mondiale. Cette épargne des sociétés est estimée à plus ou moins 5% du PIB mondial et alimente un autofinancement[17] extrêmement élevé, mais surtout la thésaurisation.
La raison de ce changement révolutionnaire du rôle des entreprises et par extension des ménages, est certainement à chercher dans la montée de l'inégalité dans la répartition des revenus, sans précédent historique, au détriment de la part des salaires et en faveur des profits. C'est ainsi que le revenu des ménages baisse, ne laissant pas de marge à l'épargne une fois satisfaits les besoins de consommation de produits de base, tandis que la hausse des profits canalise les conditions de création d'épargne vers les entreprises.
La surabondance de l'épargne dans l'économie mondiale ne peut plus être absorbée par l'investissement. Ce déséquilibre général définit le taux d’intérêt à un niveau très bas et souvent négatif, ce qui semble vérifier la théorie sur l'arrivée du stade de la stagnation séculaire[18].

Graphique 2. Rendements réels des obligations d'État (1985-2015)

Source: FRED (Federal Reserve Economic Data), Federal Reserve Bank of St Louis: an author calculations (Secular Stagnation and Returns on Capital, by Paul Gaume, B. Ravkumar, and Peter Rupert, 2015, No 19, pdf//files.stlouisfer.org/research/publications/es/15/ES_19_2015-08-18.pdf)


Nous allons également nous intéresser, dans cet alinéa, à la baisse de la propension à investir qui touche tout particulièrement l'activité de construction au niveau mondial[19], et qui est très probablement liée entre autres choses à la baisse de la population, au vieillissement et à la baisse du taux de la population active dans son ensemble. Bien que cette branche semble saine et que sa valeur totale soit estimée à 10 billions de dollars, avec un rythme de croissance annuel pour 2017 de 3,5%, 90% de ses programmes pour la planète soit sont en retard sur les délais, soit ont dépassé leur budget initial[20]. Ce retard dans la livraison des bâtiments est observé dans de nombreux cas, comme le bâtiment circulaire d'Apple dans la Silicon Valley, qui a été livré deux ans après la date prévue et avec un dépassement de 2 milliards de dollars. Mais même en Grande-Bretagne, des architectes soutiennent que 60% des bâtiments sont livrés avec un retard important. La raison de cette faiblesse du secteur semble résider dans le fait qu'il jouit de la productivité la plus faible, comparativement à n'importe quel autre secteur de production, et de marges de profit réduites, bien que les prix des matériaux utilisés n'aient pas augmenté. Cette évolution dans le secteur laisse penser, le cas échéant, que l'on attend la prochaine récession[21]. On s'accorde généralement à interpréter les causes de la stagnation du secteur par l'absence de méthodes de modernisation dans la construction, par la difficile subordination des travaux du secteur aux économies d'échelles et par l'utilisation insuffisante de méthodes d'intensité de capital. Or, même s'il connait des difficultés, surtout dans les économies avancées, le secteur de l'activité de construction atteint en Chine un rythme de croissance annuel de la productivité de 7%.

c) Le nouveau contenu des innovations technologiques
La nouvelle forme de progrès technique dans le capitalisme de maturité est très différente du progrès de la fonction de production Cobb-Douglas d'inspiration néoclassique qui prévalait après la Deuxième Guerre mondiale. Cette fonction permettait de donner une solution au problème très discuté et extrêmement complexe du mode de répartition du produit entre le travail et le capital. Selon cette fonction, et d'après des observations portant sur une période assez longue, il a été admis que les parts du travail et du capital dans le PIB restent stables, et que les 2/3 représentent le travail et 1/3 le capital, avec quelques écarts qui se neutralisent mutuellement avec le temps. Cette acception, de toute évidence, suppose que la forme de progrès utilisée dans le processus de production est un progrès technique neutre[22], ou un progrès technique d'intensité de capital[23] ou d’intensité du travail[24], dont les éventuelles différences de rendement entre les deux facteurs de production se neutralisent avec le temps. Toutefois, ces trois types de progrès technique, qui ont prévalu dans le stade de développement industriel et qui présupposent une augmentation quantitative (ou une baisse) des facteurs de production utilisés dans le processus de production, semblent avoir largement reculé dans l'actuel stade post-industriel, cédant leur place au progrès technique non intégré. Il s'agit de la nouvelle technologie, laquelle n'est pas intégrée au capital, ne s'ajoute pas à son volume, ne présuppose pas d'investissement en capital fixe car elle n’est pas quantitative, bien qu'elle augmente la productivité des deux facteurs de production. C'est une forme de progrès technique immatérielle, qui intègre l'«amélioration et les avancées des connaissances», lesquelles réduisent la quantité de travail nécessaire et de capital dans le processus de production des économies modernes et sont la propriété de l'Humanité tout entière. Grâce à ces connaissances qui illustrent le couronnement du travail humain, autrement dit le travail intellectuel, l'Humanité peut s'assurer désormais un plus grand bien-être en travaillant moins, augmentant ainsi les possibilités de choisir comment elle occupera son temps libre.
Le problème, par ailleurs, réside dans le fait qu'il est très difficile de calculer la productivité dans cette nouvelle forme de progrès technique, car il concerne essentiellement des données qualitatives et non plus quantitatives. Selon Robert Gordon[25], les innovations de l'actuel stade de développement ne peuvent être comparées aux résultats fantasmagoriques de l'augmentation de la productivité dans la période 1870-1970, qui avaient apporté une véritable révolution dans le mode de fonctionnement de l'économie mondiale et qui, selon lui, ne peuvent se reproduire. Au contraire même, le progrès technique actuel semble conduire à la chute de la productivité horaire du travail, aux États-Unis, de 1,33 depuis 1970. Ces résultats médiocres sont imputables, selon Robert Gordon, au vieillissement de la population, à la montée des inégalités, à la stagnation de l'éducation et à l'augmentation de la dette. Selon l'économiste américain, la génération actuelle aux États-Unis (et pas seulement puisque la tendance va plus ou moins dans la même direction dans l'ensemble des économies avancées) sera la première qui ne dépassera pas le niveau de vie de ses parents. Le pessimisme de Robert Gordon quant à l'avenir de l'économie est partagé par Robert Solow dont le point de vue est resté comme le paradoxe de Solow: « on voit des ordinateurs partout, sauf dans les indicateurs de productivité » (1987) [26].
Ce paradoxe de Solow a donné lieu à de nombreuses tentatives d'interprétation sur ce qui peut arriver avec le stade du numérique, et sur la façon dont il aboutit à une productivité relativement faible. Je choisis parmi la foule d'arguments sur le sujet, le fait qu'il est trop tôt pour avoir une idée claire des résultats de ce nouveau stade de développement, que les améliorations s'étendent sur l'économie tout entière et ses branches et qu'il est donc difficile d'en faire une estimation statistique, qu'en raison de la baisse fantastique des prix des ordinateurs avec le temps ils ont fini par contribuer de façon infime au PIB total, mais plus que toute autre chose, qu'il est extrêmement difficile d'évaluer la productivité dans ce stade, justement parce que ses résultats sont immatériels et qualitatifs et non quantitatifs, lesquels s'étendent à tous les secteurs de l'économie. L'idée de la difficulté de calcul de la productivité du travail dans le stade post-industriel de développement est renforcée par le paradoxe suivant. À savoir que malgré la chute du rythme de l'augmentation de la productivité du travail aux États-Unis, qui de 2,8% pendant la période 1947-1983, de 2,6% pendant la période 2000-2007, était de seulement 1,3% dans la période 2007-2014[27], ces cinq dernières années, les 50 plus grandes entreprises américaines ont pu accumuler plus de 50 milliards de dollars en liquidités, et qui plus est, à un taux de presque zéro ou négatif[28].
Encore plus pessimiste quant à la portée des dernières innovations, le point de vue exprimé par un économiste et un chef d'entreprise dans leur livre récemment publié[29], et où ils soutiennent qu'à l'exception de quelques entreprises à forte teneur innovatrice, telles qu'Amazon et Google, le capitalisme présente des signes importants de vieillissement, puisque les 100 entreprises les plus importantes ont été créées il y a 40 ans et qu'il n'y a pas de suite équivalente. Le vieillissement croissant se reflète dans le pourcentage des entreprises mûres de 11 ans et plus, qui en 1987 représentaient 1/3 de l'ensemble, tandis qu'en 2012 leur pourcentage est estimé à 50%. La plupart des innovations, comme l'affirment les deux auteurs, sont impressionnantes, mais le sont beaucoup moins du point de vue de leur impact, et ce ne sont certainement pas elles, comme dans le passé, qui sont à l'origine de la hausse de la productivité. Parallèlement, comme ils l'affirment dans leur livre, on remarque une baisse décisive du nombre d'entreprises nouvellement fondées. Les auteurs attribuent ces évolutions négatives à la structure du capitalisme, et plus spécifiquement au fait que les entreprises n'appartiennent plus à des entrepreneurs ayant le goût du risque, mais à des organismes colossaux qui se soucient plus de connaître à l'avance la hauteur des rendements sûrs, que de l'avenir de l'entreprise. «Le capitalisme est victime des rentiers», selon les auteurs du livre.
La baisse des résultats des innovations est probablement liée à la réduction des idées nouvelles qui demandent des dépenses plus lourdes qu'avant. Comme la création de nouvelles idées est le moteur du progrès et de la hausse des revenus, une nouvelle étude[30] sur le sujet a cherché à dépasser les difficultés qui se présentent lorsqu'il s'agit de vérifier le degré le tarissement de l'intelligence humaine. Les auteurs de cette étude ont finalement pu calculer le nombre de chercheurs et la productivité de leur recherche dans un grand  nombre d'entreprises. Ce qu'ils ont trouvé est assez décevant puisqu'il ressort que le nombre de chercheurs augmente avec le temps tandis que la productivité diminue de façon notoire. Plus précisément, la baisse de cette productivité est attribuée à la loi de Moore, selon laquelle le rendement des ordinateurs double tous les deux ans, tandis que les chercheurs de l'Université de Stanford ont trouvé que maintenant le temps nécessaire au doublement de leur capacité a été multiplié par 18, par rapport à l'équivalent dans les années 1970. Les idées sont de plus en plus difficiles à trouver et leur rythme baisse de 6,8% par an. Or, sous un autre angle, il apparaît que le problème n'est pas tant le manque d'idées, mais leur exploitation. L'application des nouvelles technologies vise habituellement à réduire le travail utilisé, qui intéresse peu toutefois, lorsque les salaires sont trop bas. Par ailleurs, les profits élevés assurent une importante liquidité aux entreprises, mais l'insuffisance de la demande décourage le recours à de nouvelles technologies.

d) La dette
La dette est aussi un facteur important de baisse de la demande. On constate que la dette de toutes les grandes entreprises, dix ans après le début de la grande crise de 2007, au lieu de baisser, ne cesse d'augmenter. Ainsi, la dette totale pendant cette période a augmenté de 57 trillions de dollars qui pèsent sur le PIB à hauteur de 17 points. La dette publique de la zone de l'euro qui en 2007 était de 68% du PIB, s'élève en 2016 à 92,4%. La dette des pays du G-20 est quant à elle estimée à 135 trillions de dollars, à 235% de leur PIB, et le danger pour l'économie mondiale est évident. Les déficits des économies européennes les plus faibles, auxquelles ont été imposés des plans de stabilité, exceptée l'Irlande qui, comme on le sait, était avant la crise de 2007, la «vitrine du néolibéralisme» (et qui maintenant affiche de nouveau une augmentation de son PIB et de ses exportations, mais aussi une baisse du chômage), l'Espagne et le Portugal ont été menacés de sanctions en 2015 par les dirigeants de l'UE, en raison de leur déficit élevé (5,1% et 4,4% respectivement), tandis que le déficit de la Grèce, malgré les plans inhumains qu'elle a dû mettre en œuvre, était de 7,1%[31].
En période de stagnation économique où l'épargne est supérieure à l'investissement, un fossé se crée qui doit être comblé par le gouvernement, lequel recourt à l'emprunt. S'il traverse une période de longue récession, comme c'est le cas actuellement, l'augmentation de la dette est inévitable[32] et conduit habituellement à une politique d'austérité qui exclut d'office l'inflation même si cette solution n'est pas bonne, puisqu'elle ne fait qu'empirer la situation. Toutefois, étant donné que c'est la forme extrême de néolibéralisme qui prévaut et que depuis les années 70, la politique budgétaire a été mise à l'écart, il semble que pour l'heure il n'y ait pas d'autre choix. Depuis le début de la crise en 2007 et jusqu'en 2015, la dette publique en tant que pourcentage dans le PIB a augmenté de 64% à 104% aux États-Unis, de 66% à 94% en Europe, de 176% à 237% au Japon. Quant à la dette des ménages dans la zone euro, de 67% du PIB en 2001, elle a grimpé à 94%. On estime qu'en Europe le pourcentage de cette dette fait baisser la demande de 4%. Cette situation dure depuis longtemps et peut être considérée comme permanente, sachant que la dette, en tant que pourcentage dans le PIB, tend à augmenter. Cette baisse de la demande signifie que l'intérêt réel naturel a fortement baissé.
La façon de lutter contre la dette change d'un pays à l'autre, mais aussi d'une époque à l'autre. Les États-Unis suivent une politique complètement différente de celle de l'UE, puisqu'ils croient que l'augmentation de la dette n'est pas nécessairement une menace pour leur économie, mais qu'elle peut au contraire, à certaines conditions, accélérer la croissance. Les Républicains, justement, envisagent de baisser fortement les taxes, ce qui fera exploser la dette.
Or, un taux bas amoindrit les intérêts qui doivent être versés sur un montant qui correspondant à celui de 1960, lorsque la dette américaine s'élevait à 1/3 de celle d'aujourd'hui. La différence par rapport à 1960 est que 40% de la dette sont détenus par des investisseurs étrangers.
Les théories affirmaient autrefois que l'augmentation de la dette renforce l'inflation, réduit ainsi le pouvoir d'achat des particuliers, et par voie de conséquence réduit les investissements et fait progresser l'économie. Toutefois, il ressort d'une étude sur la question datant de 2003 faite par le FMI et portant sur 107 pays, qu'il n'y a pas de corrélation positive entre les déficits et l'inflation. Soulignons néanmoins que même si l'UE reste attachée aux enseignements des néolibéraux concernant la nécessité d'atteindre la balance partout, les États-Unis, malgré un gouvernement considéré comme conservateur, adopte les idées de Keynes qui leur permettront probablement de gagner du temps avant d'entrer dans une stagnation perpétuelle.

II. Des changements autonomes qui augmentent l'offre. Il s'agit:
a) Du chômage permanent
aa) Le problème
La distinction entre les facteurs de baisse de la demande et d’augmentation de l’offre de main-d’œuvre est relative, car il s’agit du même problème, qui apparaît souvent sous deux aspects, mais qui conduit au même déséquilibre, dans le sens Offre>Demande. C’est exactement le cas du chômage qui est la conséquence de plusieurs facteurs ayant acquis un poids spécifique dans les économies modernes avancées. Premièrement, la demande de biens de consommation a fortement baissé, surtout à cause de la montée en flèche des inégalités dans la répartition des revenus et des richesses. Deuxièmement, la demande de main-d’œuvre, laquelle est fonction de la demande de biens et services a baissé à son tour, à cause du déséquilibre incontrôlé dans la répartition des revenus et des richesses, mais aussi à cause de la réduction de la classe moyenne, et de la baisse de toutes les propensions décisives de l’économie, mais aussi à cause de l’accroissement de la productivité du travail. Ce sont là des symptômes du capitalisme de maturité, mais aussi des choix malheureux des autorités compétentes. Plus spécifiquement, dans le cas de la surabondance de travail, le déséquilibre tel qu'il se manifeste à travers le chômage de longue durée, est le double résultat de la hausse de l’offre et de la baisse de la demande, alors que dans le cas des changements démographiques, de l’investissement et de l’innovation technologique, c’est seulement le facteur « baisse » qui intervient. Michel Rocard[33] donne une parfaite définition du chômage moderne: «le chômage est la conséquence d'un système économique qui n'est plus capable de créer de l'emploi car il a mis au centre une idole qui s'appelle l'argent».
Les prévisions pour les 10 à 20 prochaines années sont plutôt sombres pour le chômage, d’après les résultats d’une récente étude menée par deux chercheurs de la Martin School d’Oxford, Carl Benedikt Frey και Michael Osborne. Ces deux chercheurs ont tenté d’évaluer le taux de chômage qui sera créé à cause notamment des technologies de la robotique. Ils en ont conclu que 47% des emplois aux États-Unis, avec un salaire moyen et un travail de routine sont menacés de disparition. Les nouveaux emplois qui seront créés se concentreront dans des espaces de travail créatif et intellectuel[34]. Avec la diffusion de l’intelligence technique, ce ne sont pas que les emplois non qualifiés qui seront menacés, comme c’était le cas dans le stade du numérique et comme conséquence de la mondialisation, mais aussi les emplois hautement qualifiés comme les avocats, les conseillers fiscaux, les bibliothécaires, les secrétaires, les employés administratifs etc. Un groupe très restreint mais puissant de personnes qualifiées pourra donc facilement s’imposer et finir par diriger l’économie et le marché, tandis que la grande majorité devra se contenter d’un travail précaire et mal rémunéré.

bb) Les causes
Alors que la deuxième révolution industrielle est associée à une répartition des revenus forcément plus juste puisqu'il s'agissait d'absorber la production de masse, le troisième stade de l'évolution capitaliste a, lui, amené le chômage et la pauvreté à l'Humanité, selon la projection correcte de M. Kalecki[35].
Les changements transversaux, combinés à la mise en œuvre d'une politique aux mesures inefficaces, ont mis fin au régime de plein-emploi, et ont amené la précarité et souvent le chaos dans les économies modernes.
Depuis la fin de la deuxième révolution industrielle on observe un taux de chômage en constante augmentation, surtout -mais pas seulement- au sein de l'UE[36], qui persiste même après la fin de la récession. Le chômage s'accompagne d'un niveau de bien-être toujours plus élevé, dont la répartition est de plus en plus inégale. Or, la lutte contre le problème du chômage, qui était déjà primordiale pour l'UE en 1993[37], s'avère encore aujourd'hui impossible. La persistance du chômage encourage le retour d'anciennes théories économiques qui soutiennent que le capitalisme, arrivé à maturité, est de moins en moins capable d'absorber la main-d'œuvre disponible[38] en général. Cette incapacité peut être interprétée de diverses manières qui souvent se complètent mutuellement, telles que:

La surabondance du facteur de production "travail"
Depuis 1970, on observe une saturation relative de la demande traditionnelle dans les économies avancées, avec une baisse du rythme annuel de changement de la consommation privée, dans les pays de l'OCDE[39]. À cette baisse de la demande effective contribue également la politique d'austérité à long terme de l'UE, la montée des inégalités dans la répartition des revenus, qui favorise l'épargne et plus exactement la thésaurisation, le chômage associé au gel des salaires réels au même niveau depuis des décennies, de même que la tendance généralisée à la réduction de l'État-providence. Les économistes de l'OFCE, dans un numéro spécial de leur revue, imputent la baisse de l'investissement de 2/3 à une demande insuffisante[40], tandis que le FMI[41] fait plus ou moins le même constat. Ajoutons encore qu'à l'insuffisance de la demande effective et des investissements qui réduisent l'emploi, contribuent aussi de façon déterminante les paradis fiscaux qui, selon des estimations, stockent une part énorme de leur pouvoir d'achat, de l'ordre de 11,5 milliards de dollars[42]. La dépense faible à la consommation et à l'investissement dans les économies modernes coexistent, surtout ces dernières années, avec une baisse générale du niveau des prix, d'où une inflation beaucoup plus faible que celle de l'équilibre (d'environ de 2%) et qui dans un certain nombre de cas, s'est déjà transformée en désinflation.

Les faibles possibilités de création de nouveaux emplois dans le capitalisme de maturité
Aux États-Unis, dont la tendance, sur ce point précis, ne diffère pas notoirement de celle des autres économies avancées, on estime que le secteur financier absorbe 25% de l'ensemble des bénéfices des entreprises, et représente environ 7% de l'économie. Donc, il ne parvient à créer que 4% d'emplois nouveaux par rapport à la totalité[43]. La forme de croissance, dans ce stade, cesse d'être expansive, comme dans le précédent, celui de la révolution industrielle et devient intensive, c'est-à-dire qu'elle utilise une quantité de plus en plus restreinte des deux facteurs de productions pour la création d'une unité de produits[44]. Leur baisse n'est pas proportionnelle mais dépend du genre de progrès technique chaque fois choisi[45]. Le vide créé par la baisse quantitative des facteurs utilisés dans le processus de production et que l'on constate par la baisse du rapport Travail-Produit, mais aussi Capital-Produit est remplacé grâce à l'amélioration des deux facteurs de production de base, c'est-à-dire à la nouvelle forme de progrès technique dont il sera question de façon analytique ci-après. Par ailleurs, à cause de la désinstrualisation, il est probable qu'apparaisse une hausse du rapport Capital-Produit, puisque le pourcentage des installations de production inutilisées est en augmentation. Il est par ailleurs établi que cette augmentation ne s’est pas faite aux dépens de la part du capital dans le PIB des économies avancées, mais que c'est exactement le contraire qui se produit, à savoir que dans le stade post-industriel du développement capitaliste, sa capacité à garder et à augmenter sa part dans le PIB est renforcée, car visiblement les outils de production et de répartition traditionnels ont été abandonnés.
Dans le cadre d'ailleurs du stade post-industriel de développement, les économies avancées affichent un épuisement de leurs marges de développement, et cet épuisement apparaît à travers le déplacement entre les secteurs de production des deux facteurs de production de base. On estime que ce déplacement augmente la productivité de 44%, lorsqu'il se fait du secteur primaire au secondaire, tandis que lorsqu'il se fait du secteur secondaire au tertiaire, la productivité n'augmente que de 15%[46]. Et c'est justement dans le troisième stade de l'évolution du capitalisme que le déplacement des deux facteurs de production de base va dans ce sens, à savoir du secteur secondaire (désindustrialisation) au tertiaire. Le ralentissement du rythme de croissance qui en résulte empêche le fonctionnement positif de l'intensité de l'emploi, bien qu'avec le temps, il ait fortement baissé en Europe (dans les années 1960, le rapport rythme de croissance et création d'emploi était de 4,2%, et depuis il est estimé à 2% seulement)[47].

• La mondialisation ne contribue pas à l'emploi
La libéralisation complète des échanges internationaux a énormément augmenté l'offre surtout de travail non qualifié dans les économies avancées, qui provient d'économies en développement et dans le même temps a encouragé la délocalisation massive des entreprises, qui ont quitté les économies avancées pour les économies en développement, ce qui a conduit à une suppression importance d'emplois dans les premières. Par ailleurs, avec la mondialisation, la compétitivité avait le premier rôle dans les décisions et les actions des chefs d'entreprise et des gouvernements nationaux des économies avancées. Le caractère de cette nouvelle forme de compétitivité se montre de plus en plus agressif face aux pays concurrents puisque la récompense de la victoire et de la réussite est l'assurance d'une part de plus en plus grande dans le commerce international. Et c'est généralement la baisse du coût du travail, au moyen des licenciements massifs qui est reconnue comme étant la mesure la plus essentielle et la plus efficace pour accroître la compétitivité.

b) Baisse du prix des biens d'équipement
La baisse de la propension à investir a engendré une baisse parallèle du prix des biens d'équipement, comme on le voit dans le graphique 3.

Graphique 3. Baisse du prix des biens d'équipement

Le bas prix des biens d'équipement signifie une demande d'épargne en baisse, qui sera utilisée pour la production d'une unité de biens d'équipement, mais dans le même temps il comprend aussi indirectement la dimension de l'augmentation de leur offre. La raison essentielle de la baisse du prix des biens d'équipement, à l'exception des nouvelles technologies, est la baisse de la propension à investir à cause de la baisse de la demande de consommation due à la baisse de la part du travail dans le PIB, à la baisse du niveau des salaires et du sous-emploi permanent.

Source: OCDE "Main Economic Indicators" (database). De Lawrence Summers, Four observations on secular stagnation p.61

c) Et bien évidemment, l'augmentation de l'épargne
L'autre aspect de la surabondance de l'épargne, au niveau mondial, est l'insuffisance de la demande. Il s'agit de l'inévitable conséquence du choix du néolibéralisme qui, systématiquement et par tous les moyens, écoule une part de plus en plus grande de la productivité accrue dans les profits, la retirant des salaires et compressant de plus en plus la part du travail dans le PIB. Les profondes inégalités dans la répartition des revenus au niveau fonctionnel et personnel soutiennent les revenus, dont les bénéficiaires ont une faible propension à consommer, alors qu'ils ont déjà satisfait leurs besoins de base et de produits et services de luxe. Ils canalisent ainsi le reste de leurs revenus, qui grossissent parallèlement à l'approfondissement des inégalités de répartition des revenus, dans l'épargne et la spéculation des établissements boursiers. Avec la chute de la demande de produits de consommation de base, c'est l'errance inutile de cette épargne surabondante qui est encouragée au niveau planétaire, qui ne peut se transformer en investissement productif et met en lumière la situation économique désastreuse d'une époque dont les abus conduisent à une impasse.

Pour conclure, on voit que toutes les grandeurs économiques de base glissent vers le bas et s'alimentent mutuellement. Et même s'il semble encore peu sérieux d'exprimer une absolue certitude quant à la venue du stade de la stagnation permanente, force est de constater que tout nous y conduit.





   



Notes Bibliographiques
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[1]Antonio Gramsci - Cahiers de Prison.
[2] ibidem.
[3] "Economic Progress and Declining Population Growth" (1939), American Economic Review 29 (1):1-15
[4] 2013, "Why Stagnation Might Prove to be the New Normal", Financial Times, 15/12.
[5] Parmi de nombreux autres: Richard Baldwin, Paul Krugman, Bob Gordon, Olivier Blanchard, Ricardo Caballero, Coen Teulings, Barry Eichengreen, qui constate en général le ralentissement ou l'absence de croissance, mais font part d'interprétations différentes.
[6] "The impact of population ageing on economic growth: an in-depth bibliometric analysis" by Renuga Nagarajan CEF.UP, Faculdade de Economia, Universidade do Porto Aurora A.C. Teixeira CEF.UP, Faculdade de Economia, Universidade do Porto; INESC Porto, OBEGEF Sandra Silva CEF.UP, Faculdade de Economia, Universidade do Porto (où sont cités de nombreux articles sur le sujet)
[7] Investissements Directs Étrangers.
[8] Program on the global demography of aging, Working Paper Series Population Aging and Economic Growth, David E. Bloom, David Canning, Günther Fink, April 2008 PGDA Working Paper No. 31. http://www.hsph.harvard.edu/pgda/working.htm
[9] The Effect of Population Aging on Economic Growth, The Labor Force and Productivity, by Nicole Maestas, Kathleen J. Mullen, and David Powell, RAND Labor and Population, August 2016.
[10] Selon le rapport de la Commission Européenne pour l'Anée européenne 2012 (COM (210) 462/06.09.2010) du vieillissement actif, d'après les données et les projections d'Eurostat.
[11] Nancy Birdsall, "Middle-Class Heroes, The Best Guarantee of Good Governance", Foreign Affairs, March/April 2016, pp. 25 ff
[12] Ibidem, p. 30
[13] Why are interest Rates So Low"? March 30, 2015 (http://www.brookings.edu/blogs/ben-bernanke/posts/2015/03/30-why-interest-rates-s0-low)
[14] Lorsque la baisse de la demande de biens de consommation engendre une baisse encore plus forte de la demande de biens d'équipement.
[15] Lorsque la réalisation d'un investissement spécifique engendre la nécessité d'un recours à des investissements supplémentaires.
[16] Peter Chen, Loukas Karabarbounis and Brent Neiman, "The Global Rise of  Corporate Saving", Federal Reserve Bank of Minneapolis, Workink Paper no 736, march 2017.
[17] Jusqu'à 85%.
[18] Cette théorie, présentée pour la première fois par l'économiste Alvin Hansen en 1933, semble maintenant se vérifier, reprise par Larry Summers et d'autres.
[19] "The construction industry-Least improved"(2017), The Economist, 19.08.
[20] Selon une étude de Bent Flyvbjerg de la Saïd Business School of Oxford.
[21] Selon le bureau de consultants Luc Luyten of Bain & and Company.
[22] Qui augmente au même pourcentage la productivité et les deux facteurs de production.
24 Qui augmente plus la productivité du travail que celle du capital.
25 Qui augmente plus la productivité du capital que celle du travail.


[25]Robert J. Gordon (2016), The Rise and Fall of American Growth, Princeton University Press.
[26] Robert Solow, The Solow Productive Paradox: What do Computers do to Productivity? Jack E. Triplett Brookings Institution, 1998.
[27] United States Department of Labor, “Productivity change in the non nonfarm business sector, 1947-2014”, Bureau of Labor Statistics, www.bls.gov/lpc/prodybar.htm
[28] Klaus Schawab, op.cit., p.46.
[29] Fredrik Erixon και Bjorn Weigel, The Innovation Illusion, Yale University Press, 2016.
[30]Nicholas Bloom Charles I. Jones Stanford University and NBER Stanford University and NBER John Van Reenen Michael Webb "Are Ideas Getting Harder to Find"? (2017),  MIT and NBER Stanford University September 6, 2017 - Version 1.0
[31] Alternatives Économiques, Hors Série No 110, janvier 2017.
[32] Domar E.D. (1944) "The Burden of the debt and the national income", American Economic Review, 34, pp. 798-827.
[33] Rocard M., Suicide de l'Occident, Suicide de l'Humanité? (2015), p. 139, Flammarion Paris.
[34] The Future of the Employment: How Susceptible Are Jobs to Computerisation?”, Oxford Martin School, Programme on the Impact of Future Technology, University of Oxford , 17 September 2013, www.oxfordmartin.ox.ac.uk/downloads/academic/The_Future_of_Employment.pdf
[35] Robinson, J., and F. Wilkinson, "What has  become of employment policy?", Cambridge Journal of Economics, March 1977, pp. 5-14.
[36] Probablement dû à la mise en œuvre permanebte d'une politique économique conservatrice.
[37] Livre blanc.
[38] M. Negreponti-Delivanis, Europe's life buoy is its less developed regions, Paratiritis, 1990,Thessaloniki.
[39] OCDE, Comptes nationaux.
[40] "Le ralentissement de la croissance du côté de l'offre?", Revue de l'OFCE, no 142, 2015.
[41] "Private Investment: what's the Hold-Up?" World Economic Outlook, avril 2015.
[42] A. Smith, "Nowhere to hide", Time, 3/2009.
[43] Saving Capitalism-Time, May 23, 2016, based on the new book by Rana Foroohar Makers and Takers.
[44] "Has the ideas machine broken down?", Briefing innovation pessimism, The Economist,12.01/2013.
[45] Μ. Νεγρεπόντη-Δελιβάνη, Μεταρρυθμίσεις, Το ολοκαύτωμα των εργαζομένων στην Ευρώπη, Ίδρυμα Δελιβάνη και Εκδοσεις Λιβάνη, Αθήνα 2007 p. 48 et suiv. [M. Negreponti-Delivani, Réformes: La mise à mort des travailleurs en Europe, éd. Fondation Delivanis et Livani, Athènes 2007]


[46] A. Maddison, Growth and Structural Change in the Advanced Countries, in Western economics in Transition, ed. by I. Levenson and J. W. Wheeler, Hudson Institute, 1980.
[47] European Economic Commission 199

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