Τρίτη, 31 Οκτωβρίου 2017

Seminaire (orale) 9-10/11.2017 La robotique et ses conséquences anticipées sur l'emploi


Seminaire (orale) 9-10/11.2017, Paris

La robotique et ses conséquences anticipées sur l'emploi
par Maria Negreponti-Delivanis 




Introduction
L'invasion des robots et de l'intelligence technologique devrait changer radicalement notre vie quotidienne. 
La question angoissante qui se pose raisonnablement ici est de savoir si ces changements transversaux nous emmènent vers le meilleur ou vers le pire. Une réponse simple et rapide serait d'affirmer qu'ils vont apporter le meilleur.
Il est toutefois clair que cette réponse envisage les robots comme des collaborateurs de l'Homme, et non comme son substitut. Le danger, cependant, visible et peut-être déjà présent, est qu'une grande partie des activités des nouvelles technologies, qui de surcroît augmenteront avec le temps, ne feront pas que coopérer avec les hommes mais elles les remplaceront et les menaceront. C'est en cela que les projections optimistes ne semblent malheureusement pas correspondre à la réalité. Au contraire même, ce qui est déjà en train de se passer, mais aussi ce qui est prévu avec certitude dans ce domaine, donne raison aux pessimistes. La principale menace de l'automatisation, pour les sociétés humaines, est l'apparition d'un chômage technologique incontrôlé, accompagné d'une aggravation des inégalités déjà visible dans la répartition des revenus et des richesses.
Dans les deux paragraphes ci-dessous, je vais d'abord aborder les menaces de l'automatisation et de l'intelligence artificielle, qui semblent inévitables, tandis que dans le deuxième paragraphe je vais proposer la solution que je préconise depuis longtemps au problème du chômage, mais aussi au problème des profondes inégalités qui se sont malheureusement installées en tant que situation permanente dans l'économie mondiale, avant même que l'automatisation ait acquis sa dimension menaçante actuelle. À la fin, les conclusions générales seront énoncées.
 
I. Le contenu et l'impact des nouvelles technologies
A. Les principales difficultés théoriques des nouvelles technologies
Du stade post-industriel a surgi un stade de développement plus récent, celui de la robotique. 
a) Il y a un problème important et non résolu à l'heure actuelle qui est l'impossibilité de mesurer la productivité des deux facteurs de base de production, le travail et le capital. C' est à cause de l'apparition d'un nouveau facteur de production qui est l'automatisation, qui incarne la toute dernière forme de l’innovation. Ses gains ne sont plus censés favoriser les deux facteurs de production traditionnels, qui sont le capital dans sa forme classique et le travail. Par contre, un groupe restreint, avec des idées nouvelles, qui apporte des innovations et crée de nouveaux produits, de nouveaux services et de nouveaux modèles commerciaux, fait valoir ces gains importants et s'impose comme bénéficiaire. Le mode de répartition des revenus qui se dessine est celui du célèbre diagramme de Pareto, où un petit nombre de joueurs gagnent une part disproportionnée des bénéfices. Ce nouveau facteur, ce sont les idées novatrices, plus rares que la main-d'œuvre et le capital traditionnel, c'est-à-dire les deux facteurs de production traditionnels, auxquels il se substitue progressivement, justifiant ainsi sa part élevée dans la productivité globale. Toutefois, les idées novatrices peuvent finalement être perçues comme une forme de capital spécifique dont la rémunération accrue ne cessera de réduire la part du travail dans le PIB.
b) Mais  des difficultés surgissent cependant, non seulement dans le calcul de la productivité des deux facteurs de base traditionnels de production, mais aussi dans l'évaluation de la productivité globale dans ce nouveau stade de l'évolution, car elle semble inexistante et encourage donc des arguments concernant l'entrée des économies avancées dans une phase de stagnation séculaire.
 Il y a quelques années, on parlait d'une société des 2/3, et une réaction saine était qu'il fallait éviter cela par tous les moyens. Or, il y a fort à craindre que la société attendue sera celle du 1/10. Autrement dit, un enfer pour la plupart.
La difficulté de mesurer la productivité globale résultant de cette nouvelle forme de progrès technique est due au fait qu'il s'agit de données qualitatives et non quantitatives. Selon Robert Gordon, les innovations du stade de développement actuel ne peuvent pas être comparées aux et ne peut par conséquent se répéter. Au contraire des  résultats spectaculaires de la période 1870-1970, qui ont apporté une véritable révolution dans le mode de fonctionnement de l'économie mondiale,  les progrès techniques actuels ont entraîné une baisse de la productivité horaire moyenne du travail aux États-Unis de 1,33% depuis 1970. Le pessimisme de Robert Gordon sur l'avenir de l'économie est également partagé par Robert Solow dont la déclaration est restée comme le paradoxe de Solow: «on voit des ordinateurs partout, sauf dans les indicateurs de productivité». 
B.Quelles sont les conséquences  des nouvelles technologies sur l'emploi?
Il y a les optimistes et les pessimistes concernant l'impact des nouvelles technologies sur l'emploi et la répartition des revenus et des richesses. Les deux catégories ont toutefois des points d'accord:
– premièrement, le régime du plein-emploi appartient définitivement au passé, car le processus de production moderne exige une plus faible quantité des deux facteurs pour produire une unité de produit, et
– deuxièmement, la mondialisation a déjà créé une situation où il y a très peu de gagnants et une infinité de perdants.
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a) Quelle est, donc, la version optimiste
Les scientifiques, qui appartiennent à la catégorie des optimistes soutiennent que les problèmes majeurs pour les travailleurs ne vont pas apparaître immédiatement, dans les dix prochaines années, mais beaucoup plus tard, et entre temps il serait possible de prendre des mesures appropriées pour éviter le pire. Cet optimisme relatif a été exprimé dans une étude réalisée au début de 2017 par l'Institut McKinsey et réside sur ce que l'avenir de l'emploi ne  sera pas jugé seulement en fonction de ce qui est technologiquement possible, mais aussi en fonction d'autres facteurs. Par exemple, la suppression d'emploi de 1,7 millions de camionneurs  nécessitera un investissement d'un billion de dollars. L'Institut McKinsey conclut que ces projections très pessimistes ne tiennent pas compte de nombreux facteurs et que, selon les auteurs de cette étude, il est probable que seulement en 2055 l'emploi aura baissé de 50%. Une étude encore plus optimiste sur le sujet a été réalisée par l'OCDE en 2016 et prévoit que pour ses 21 États membres, le risque de l'automatisation ne concerne que 9% de l'emploi. Cet optimisme excessif semble être justifié par une évolution similaire dans le passé qui n'a pas été vérifiée par les prédictions pessimistes telles que celles de John Maynard Keynes, il y a 80 ans. Keynes avait alors évoqué une «nouvelle épidémie», qu'il a nommée «sous-emploi technologique» et qui, heureusement, ne s'est pas concrétisée.
Les optimistes, à propos de l'impact des robots sur nos vies, en soulignent l'aspect pratique, à savoir l'aide qu'ils nous apporteront, arguant que le robot succédera à notre ordinateur personnel.
L'un des services très importants des robots sont les voitures sans conducteur, qui devraient être à la disposition des consommateurs en 2020. De nombreuses universités, essentiellement aux États-Unis, élaborent des projets et la règlementation sur la façon d'utiliser ces voitures autonomes, tandis qu'un rapport annuel de la Direction des Transports de Singapour prévoit que ces voitures, partagées entre plusieurs utilisateurs, feront baisser la circulation des voitures traditionnelles d'environ 80%, réduisant considérablement aussi bien la durée du voyage que la pollution atmosphérique. Pour l'heure, ces voitures autonomes ne peuvent pas encore faire face à des situations difficiles et imprévues, mais elles devraient bientôt être perfectionnées, ce qui permettrait aux voyageurs de lire tout au long du trajet. Les robots devraient également offrir des services importants aux ménagères, pour transporter leurs achats, par exemple.
b) Je passe à la version pessimiste, probablement plus proche de la réalité
Avant d'examiner l'impact attendu de l'automatisation sur l'emploi, il convient de rappeler que, déjà, le plein-emploi concerne, dans les économies avancées, un pourcentage de plus en plus faible de l'emploi total au profit du travail informel. Par ailleurs, le sous-emploi, à l'échelle mondiale, se maintient en 2016 à 197,1 millions et dépasse de 27 millions celui de 2007, avant la crise. Les prévisions sont, en outre, extrêmement pessimistes, compte tenu du fait qu'en 2018, le chômage augmentera de 3,4 millions. En outre, l'Organisation internationale du travail prévoit qu'en 2017, pour la première fois, le sous-emploi dans le monde atteindra les 200 millions.
Le chômage reste élevé en Europe et très élevé dans un certain nombre d'économies du sud de l'Europe. Le chômage aux États-Unis, bien que les mesures de politique monétaire y aient été nettement moins déflationnistes et plus agressives qu'en Europe, la tendance parallèle à la baisse de son PIB renforce l'idée qu'il s'agit d'un nouveau stade d’évolution où la croissance est absente et pas d'une simple récession, se trouvant dans la phase descendante du cycle économique.
L'impact néfaste de la robotique sur l'emploi est considéré comme inévitable, même pour les optimistes, qui se tournent simplement vers des évolutions ou des situations susceptibles de limiter leur intensité. Une baisse de 47% est prévue pour les E.U.
Les effets négatifs attendus des robots sur l'emploi doivent être étudiés, d'abord en tant que substituts de l'emploi et ensuite en tant qu'appareils dotés d'une intelligence artificielle. Et j'ajoute que le temps passe très vite, et qu'il apporte avec lui des changements révolutionnaires.

aa) Les robots comme substituts du travail humain
Les robots sont déjà en train de remplacer le travail humain dans les économies avancées, à un rythme croissant. En 2013, quelque 1,2 million de robots étaient utilisés à l'échelle mondiale. En 2014, ils étaient 1,5 million et leur nombre devrait approcher 1,9 million en 2017. Leurs capacités s'améliorent et ils se multiplient à grande vitesse. À titre d'exemple, citons le cas d'un nouvel hôtel au Japon, le Henn na, où les clients sont reçus, enregistrés par des robots et les saluent quand ils s’en vont. Les robots, dans cet hôtel, sont même capables de conduire les clients à leur chambre, de parler la langue du choix des clients, de régler la température ambiante. Dans leur chambre, les clients de l'hôtel peuvent recevoir des instructions vocales pour régler l'éclairage, donner des informations météorologiques ou l'heure. Autre exemple, parce que la liste des possibilités de substitution du travail humain est déjà longue et s'enrichit de jour en jour, une expérience d'Amazon pour voir si les robots sont capables de sélectionner par eux-mêmes des objets dans les rayons de l'entrepôt employant 50 000 personnes et de les placer à un autre endroit. Lors de cette expérience, un robot est parvenu à effectuer 10 tâches sur un total de 12. Cette entreprise, située à Berlin, a «engagé» 15 000 robots, et d'autres sont déjà prévus. Selon un rapport récent sur l'emploi dans les banques, les emplois devraient baisser de 30%, durant la prochaine décennie, en raison de l'utilisation des nouvelles technologies. L'économiste Martin Ford prévoit que la totalité des emplois de la classe moyenne va disparaître, que la mobilité économique va s'arrêter et que la ploutocratie se réfugiera dans des communautés clôturées ou dans des villes spéciales qui seront gardées par des robots militaires autonomes et des drones.
Catalyseur tout aussi déterminant, les changements prévus dans le domaine plus large de l'éducation, où la nouvelle technologie numérique remplace déjà de plus en plus l'enseignement traditionnel par l'enseignement en ligne. Il augmentera en même temps le chômage, cette fois dans le domaine de l'éducation, alors que l'on estime que d'ici à une quinzaine d'années, 50% des universités américaines vont faire faillite. Enfin, les traducteurs ne seront pas épargnés puisqu'ils seront eux aussi remplacés par des robots.
Les quelques exemples ci-dessus suffisent à convaincre que déjà les robots ont évincé du marché du travail de nombreux travailleurs et annoncent vraisemblablement un avenir cauchemardesque pour le travail humain, où malheureusement, l'optimisme n'aura pas sa place. Un avenir où ce sera le chômage incontrôlé qui prévaudra, qui n'épargnera aucun type d'emploi, même ceux qui exigent des connaissances, une spécialisation ou une planification. Cela, car il s'avère non seulement que les robots apprennent très vite auprès des Hommes, mais en plus, ils ont récemment commencé à se transmettre mutuellement leurs connaissances.
Les effets négatifs de l'expansion de la robotique sur l'emploi ne se limitent pas aux économies avancées. Je dirais même au contraire que dans les économies émergentes, la situation est beaucoup plus grave, car à cause des nouvelles technologies, elles perdent les privilèges qu'elles avaient, en terme de main-d'œuvre bon marché, et de relocalisation des entreprises chez elles. On estime que la Chine a ainsi perdu 30 millions d'emplois dans l'industrie depuis 1996, soit 25% du total, malgré l'augmentation de 70% de ses produits industriels. La première menace donc, et la plus sérieuse venant de la robotique pour les économies émergentes et en développement, devrait être la disparition de ce privilège déterminant dont elles jouissaient jusqu'à présent, celui de la main-d'œuvre bon marché qui encourageait la délocalisation en leur faveur. Mais alors, si ce n'est plus la main-d'œuvre bon marché qui mène à la croissance économique, qu'est-ce que c'est? L'avenir semble être  en faveur des robots et au détriment du travail, et cette tendance s'amplifiera avec le temps, puisque la qualité et la quantité de travail des robots s'améliorent constamment, contrairement au travail humain, qui reste stationnaire Dans la mesure où l'avenir est prévisible, on peut supposer qu'un groupe très restreint, une oligarchie d'innovateurs n'aura aucun besoin à partager ses bénéfices avec d'autres bénéficiaires, à savoir les travailleurs non qualifiés et le capital traditionnel, qui pourtant auront du mal à survivre, avec un revenu inférieur à la moyenne, alors que les créateurs d'idées nouvelles seront presque les seuls à être rémunérés. Dans cette phase de l'évolution capitaliste, le travail non qualifié est en fait presque inutile, et l'utilité du capital traditionnel est également dévalorisée.
Les grandes entreprises recherchent du personnel spécialisé en intelligence artificielle qui peut être aussi bien des scientifiques diplômés avec doctorat, que des techniciens juste expérimentés dans ce domaine. Leur salaire est astronomique et varie de 300 000 à 500 000 dollars par an.
Du côté de l'étude de l'Institut McKinsey, on s'attend à un renversement de la société, en raison de l'utilisation de l'intelligence artificielle, «10 fois plus rapide et 300 fois plus élevée, soit avec un impact environ 3000 fois plus profond» que celui de la révolution industrielle.
bb)A présent jetons un coup d'œil à l'intelligence artificielle et ses terribles menaces
La menace que représente la capacité croissante des robots qui vont se substituer à tous les emplois humains semble pâle, comparée à ce que l'intelligence artificielle risque d'apporter. Des dangers inconcevables, qui ne peuvent être prédits, mais qui peuvent être évités.
Jusqu'à récemment, les robots ne pouvaient reproduire que des mouvements relativement simples programmés à l'avance, que des Humains leur avaient appris, ou encore saisir et déplacer des objets qu'ils avaient vus au préalable. Déjà, ils fonctionnent maintenant dans des domaines beaucoup plus larges, ont fait beaucoup de progrès dans l'imitation de la voix, et le plus important, qui représente un danger futur imprévisible, est qu'ils ont acquis la capacité d'apprendre les uns des autres. En 2016, le directeur du Renseignement National, James R. Clapper, dans son rapport annuel sur la sécurité, tire la sonnette d'alarme à propos de l'intelligence artificielle. Les dangers d'une expansion des logiciels malveillants sont bien connus, lesquels sont de plus en plus populaires sur Internet, et connus sous le nom de Blackshades. En outre, certains spécialistes de la sécurité informatique soutiennent que les cybercriminels utilisent l'intelligence artificielle illégalement depuis dix ans
Les robots commencent à être une menace, leur apprentissage progresse de façon géométrique et il n'est pas exclu que leur intelligence dépasse un jour celle de l'Homme. Un scénario hypothétique est que la planète soit occupée par des robots superintelligents qui décideront pour eux-mêmes, écartant les Hommes ou même les exterminant[1]. Des scientifiques tels que Stephen Hawking et Elon Musk proposent des recherches pour éviter une telle évolution, pas si improbable que cela.
De même que l'intelligence humaine conduit souvent à des actions incompréhensibles, l'intelligence artificielle peut donc causer des situations inattendues, inimaginables et menaçantes pour l'homme. Surtout et parce que, comme c'est souvent déjà le cas, les actions des robots dépassent les limites de l'enseignement humain. Mais cette dimension des robots signifie que l'homme n'est pas capable, et dans l'avenir il le sera encore moins, de contrôler les robots. Leur intelligence propre donne déjà des signes qu'elle est différente et étrangère à l'Homme et donc, il y a un réel danger que la communication entre les humains et les robots devienne un jour impossible. Et en supposant que le type et l'étendue des connaissances des robots suivent des voies incontrôlées, il y aura un point critique où leurs actions aussi seront imprévisibles. De plus, en supposant que l'intelligence artificielle évolue plus rapidement que celle des Hommes, le scénario de l'assujettissement du genre humain par les robots peut, dans quelques années, ne plus appartenir à la sphère de la science-fiction.

II. Des propositions pour lutter contre les risques des nouvelles technologies
Trouver des moyens d'assurer à l'Humanité une évolution positive et non négative grâce aux nouvelles technologies est une question de vie ou de mort. Même si le problème est complexe et difficile, n'oublions pas que nous vivons actuellement dans la société des Hommes, que c'est nous qui décidons des événements, et que nous avons donc toujours le pouvoir d'empêcher que notre planète se transforme en enfer.
Plus précisément, la solution au problème du chômage pourrait être relativement simple si l'individualisme excessif, l'accumulation illimitée des richesses par une élite restreinte et la corruption effrénée à tous les niveaux ne régnaient pas ainsi à un point si inacceptable. Je soutiens depuis des années que le chômage est, en fait, un faux problème, et qu'il y a un réel problème de répartition des revenus[2]. En effet, le chômage est une conséquence de l'inégalité excessive dans la répartition des revenus et des richesses, qui a concentré les revenus de 45% du PIB mondial entre les mains d'une élite de 62 magnats.
Et pour continuer avec le chômage, je rappelle que l'on a complètement oublié le fait que dans le passé, on est parvenu à le combattre. En effet, le problème n'est pas nouveau, puisque, toutes proportions gardées, un problème similaire était apparu et avait été traité avec succès après la fin de la Première Guerre mondiale, lorsque les femmes étaient arrivées massivement sur le marché du travail. Le problème du chômage avait alors été traité de la seule façon rationnelle possible à l'époque moderne: en réduisant drastiquement le nombre d'heures de travail hebdomadaires légales d'environ 35%, alors, par rapport à l'avant-guerre. 
Il est clair que les effets catalyseurs de ces changements dans le régime du travail à la fin du 20ème et au début du 21ème siècle exigent une intervention de l'État plus grande et non le contraire, de sorte que le chômage ne puisse plus être utilisé pour créer des disparités toujours plus grandes et contrer la transformation du marché du travail en une jungle de plus en plus sauvage.
Pour que le 21ème siècle ne devienne pas un enfer, il est nécessaire d'accepter et de comprendre sans plus tarder que l'amélioration du savoir humain est un héritage du passé et appartient à l'Humanité tout entière. C'est pourquoi on ne peut concevoir qu'il soit monopolisé par le capital ou par un petit groupe d'innovateurs, pour la seule raison que, dans le nouveau stade de développement que traverse l'Humanité, il n'y a pas de lois et de règles sur la répartition des revenus. Il est donc nécessaire de parvenir au plein-emploi en réduisant de façon drastique le temps de travail, comme ce fut le cas dans l'économie d'après-guerre. En effet, alors qu'en 1840 le travail hebdomadaire moyen était de l'ordre de 70-80 heures, après la Seconde Guerre mondiale et jusqu'à aujourd'hui il était limité à environ 40 heures, voire moins. Il y avait le plein-emploi avant et après la réduction des heures de travail, tandis que la réduction la plus importante du temps de travail de l'après-guerre n'a nullement empêché le progrès rapide des économies avancées, ce qui leur a permis de connaître Trente années Glorieuses.

Il est absolument impératif qu'une décision courageuse similaire soit prise maintenant afin d'éviter le pire déjà en gestation. Il faudrait que cette initiative soit prise au niveau mondial, pour ne pas mettre en danger les éventuelles économies qui en seraient à l'origine, en touchant leur compétitivité. Et la réduction du temps de travail devrait aller jusqu'à ce que les parts du travail et du capital dans le PIB se rétablissent, comme cela prévaut dans la fonction de production Cobb-Douglas.
Conclusion
Bien sûr, essayer d'arrêter les nouvelles technologies n'est pas une solution aux problèmes des économies du 21ème siècle, puisque leur application est liée à de nombreux résultats positifs, synonymes de progrès. Mais, comme il y a des expériences de chômage de masse malheureuses, conséquences des innovations du passé, il faut absolument que des mesures drastiques et efficaces soient prises pour minimiser les effets néfastes des nouvelles technologies. Outre la nécessité évidente d'adapter les nouvelles technologies aux conditions spécifiques des différentes économies, et surtout dans les économies émergentes, il convient également de souligner la difficulté ou l'impossibilité d'utiliser les nouvelles technologies dans un contexte d'austérité ou, pire encore, dans un contexte de déflation. L'austérité adoptée dans l'UE, sans date d'échéance, ne se prête pas à l'adoption de nouvelles technologies.
L'adoption de nouvelles technologies, en outre, devra se faire de façon modérée.  Prendre des mesures de protection de sorte que l'économie puisse progressivement utiliser les nouvelles technologies et ne pas se faire anéantir, serait la condition sine qua non à la politique économique qu'il serait bon de suivre.
À ce stade difficile de développement, l'intervention de l'État dans l'économie, dans le but de réduire les inégalités causées par le progrès technique aurait un effet catalyseur. Hormis la réduction drastique des heures de travail, qui est considérée comme la mesure la plus importante pour éviter les effets néfastes des nouvelles technologies, l'État devrait procéder à un investissement important afin d'assurer une éducation de qualité pour tous, en lien avec les exigences des nouvelles technologies. En outre, au lieu de restreindre l'État-providence comme cela se fait depuis longtemps en Europe, l'État devra veiller à ce qu'il y ait suffisamment d'hôpitaux offrant des soins gratuitement, limiter les privatisations, notamment des entreprises de service public, et intensifier les changements structurels, notamment dans le domaine de l'emploi, afin d'utiliser mieux et plus efficacement la totalité de la main-d'œuvre.
La tolérance à l'égard du taux de chômage élevé, dans les économies modernes, combinée avec le refus effectif d'adopter la seule mesure susceptible de le combattre (à savoir la limitation des heures de travail), est la preuve irréfutable que l'Humanité, malgré les progrès révolutionnaires dans le secteur de la technologie, n'a malheureusement pas amélioré sa condition face à l'éthique.





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