Τρίτη, 15 Δεκεμβρίου 2015

LE ROLE NEFASTE DE L’UEM-EURO DANS LE SURENDETTEMENT DE L’EUROPE DU SUD (et la destruction de la Grèce) Par Maria Negreponti-Delivanis*

LE ROLE NEFASTE DE L’UEM-EURO DANS LE SURENDETTEMENT DE L’EUROPE DU SUD (et la destruction de la Grèce)

Par Maria Negreponti-Delivanis*

Dans cet article, je vais essayer de faire le lien entre les conséquences dangereuses de la façon dont est née et fonctionne la monnaie unique européenne et le surendettement de l'Europe du sud, et comment y faire face. Pour interpréter cette dette, qui tout au long de ces cinq dernières années semble être le problème numéro un de la zone euro et dont le point culminant est celle de la Grèce, il a fallu recourir à plusieurs versions. Au début, il a été soutenu avec force, mais aussi avec une légèreté excessive, qu’il s’agissait soi-disant d’une crise exclusivement grecque, due à des aspects pervers du caractère des Grecs. Mais ensuite, le cercle s’est élargi pour englober l'ensemble de l'Europe du sud, les pays que les plus avancés appellent avec courtoisie, PIIGS ‒ Portugal, Irlande, Italie, Grèce et Espagne.  

Je rendrai le plus clair possible, dans ce paragraphe, l'argument selon lequel la responsabilité des dettes et des déficits qui ont soudain été jugés trop importants par le  Directoire de l'UE et la BCE ne pèsent pas uniquement ou principalement sur le côté grec. Par contre, il est clair que la Grèce s’est retrouvée dans le tourbillon causé par la grande crise économique de 2007 et surtout par l'incapacité de la communauté mondiale mais surtout européenne à éviter les mêmes erreurs presque identiques qui avaient prolongé la durée et la gravité de la première grande crise économique de 1929 : on s’était empressé de résorber ces déficits avant l’éloignement des symptômes de la crise, et avant que l’économie mondiale n’ait réellement récupéré. Le moment était en effet vraiment mal choisi pour gérer drastiquement les dettes et les déficits européens. En outre, la Grèce n’était pas préparée à résoudre un problème qui a éclaté pour la première fois au sein de l'UE, à l'occasion de sa propre crise, et surtout elle n’était pas préparée à être confrontée à l'un des plus gros vices qui pèsent sur l’édifice de l'euro, à savoir le fait que bien qu'il y ait une monnaie commune aux membres de la zone euro, chacun d'eux est responsable de la gestion de la dette et des déficits.
La crise grecque, en particulier, qui a éclaté en 2009, ainsi que celle du reste du sud de l'Europe, qui a suivi tout de suite après, doit en grande partie être considérée comme une conséquence inévitable de choix européens concernant la politique macroéconomique. Ceux-ci étaient fondés sur l'hypothèse naïve qu’il n'y aura que des beaux jours, parce que la supposée autorégulation de l’économie et des marchés est susceptible de prévenir la survenue de crises. Mais il n’est pas question que de cela, puisque nous savons maintenant que le problème de la dette et du déficit a ouvert la voie à l'asservissement des économies du sud de l'Europe, et probablement pas seulement elles. Asservissement durable, qui ne semble pas prendre fin dans les limites du FMI, mais se prolonger indéfiniment avec la mutation de l'UE en États-Unis d'Allemagne. C’est ainsi qu’en cours de route, il a été admis que le facteur le plus décisif, peut-être, dans le surendettement de l'Europe du sud est que les fondateurs de l'Europe unie ont totalement ignoré toutes les théories antérieures qui soutenaient, et ont été historiquement vérifiées, combien dangereuse est l'intégration économique de pays présentant de profondes différences de niveau de développement entre eux, et il est donc impératif d'éviter cela par tous les moyens. En effet, car dans une telle situation, deux phénomènes fonctionnent ensemble[1]: le premier approfondit les différences initiales de développement, tandis que le second crée des pôles d’attraction qui séparent automatiquement les économies en dominants et dominés. Les pays les moins développés, qui coexistent avec les économies plus avancées, dans une même union, subissent un blocage de leurs structures de production (à travers la liberté du commerce international) lesquelles cessent d'évoluer, et au lieu de cela servent les intérêts de la plus avancée. C’est la principale raison pour laquelle les économies moins développées sont entravées, dans ce cas, dans leurs efforts de croissance. Et en effet, au sein de l'UE, la promesse initiale de convergence entre les États membres n’a jamais été tenue, et au contraire, c’est un écart que l’on observe. Là encore, les économies les plus fortes s’enrichissent au détriment des plus faibles. Il est absolument indubitable que c’est l'Allemagne qui a le plus bénéficié entre tous les pays membres de l'UE de l’Union, affichant un énorme excédent commercial qui, bien que constamment répété, n’est pas perçue comme un déséquilibre macroéconomique. Et je mentionne, sur ce point, le point de vue de l'économiste Till Van Treek[2] concernant les spéculateurs qui ont été attirés par la Grèce et l'Europe du sud, non pas tant en raison des dettes et des déficits, mais en raison de leur déficit commercial qui est le résultat du modèle de croissance allemand.
La Grèce était au contraire l'économie la plus faible de l'Union au moment de son adhésion[3]  et 30 ans plus tard, elle est toujours la plus faible de la zone euro. Et pour éviter les commentaires faciles tels que « c’est de sa faute », ou « c’est un peuple corrompu, incompétent, paresseux, etc. », je me hâte d’avancer le cas de l'Irlande, qui pendant des décennies a été présentée comme le miracle du néolibéralisme, mais dont le sort s’est malheureusement avéré similaire à celui de la Grèce, en une nuit à peine. La crise de la dette, en plus de la faiblesse de l’économie qui s’est ouverte au libre-échange avant l’achèvement de son développement (dans le sens de N. Kaldor[4]), espérant atteindre un haut degré concurrentiel, a démontré encore le risque de la désorientation complète de la production. En effet, la facilité avec laquelle il est possible d’obtenir des biens nécessaires par le biais des importations, qui en plus viennent de pays plus avancés, bloque la création de nouveaux secteurs de production ou même la poursuite de ceux qui existent et qui ne sont pas encore compétitifs.
La contribution de l'UE et de la zone euro à l'endettement de la Grèce et de l'ensemble de l'Europe du sud sera abordée dans une première partie, et la deuxième partie sera consacrée à la contribution de la zone euro dans la gestion de la dette.

I.    Les causes de la création de la dette excessive de la Grèce
Il y a 16 ans, les dignitaires de l'UE ont décidé de créer une monnaie unique européenne, l'euro. Sa création est un monument du néolibéralisme fanatique. Il est basé sur des hypothèses non prouvées, il n'a pas de précédent historique et le naufrage du sud de l'Europe est la preuve concrète de sa contribution négative au développement des membres les moins avancés des économies de l'UE. En effet, l'Europe, cette fois encore[5], n’était pas prête à poser des bases solides à la monnaie unique, elle avait hâte, en revanche, de la mettre en circulation, et c’est pour cela qu’a été inventé le Pacte de Stabilité. Cette fabrication était une condition inviolable, en fait la béquille de la monnaie européenne unique. Pour le prix Nobel Paul Krugman, l'euro est « le péché d'arrogance de l'Europe »[6]. Mais un autre Nobel, Amartya Sen, conclut que « la création de l'euro a été une grave erreur »[7]. Dans le même ordre d’idées, Jacques Delors a déclaré : « L'Union économique et monétaire a été victime du capitalisme financier et sa défaite a été causée par l'irresponsabilité de nos dirigeants, qui voulaient faire une union monétaire sans union économique »[8]. Théoriquement, selon l'économiste canadien Robert Mundell[9], le fonctionnement d'une monnaie unique nécessite une forte concentration commerciale, un haut degré de spécialisation productive, une grande mobilité des facteurs de production, une grande flexibilité des prix et des salaires, des mécanismes de transfert de moyens pour équilibrer les budgets entre les régions ou les États, une synchronisation des fluctuations cycliques, et des préférences communes, conditions qui n’existaient pas en Europe au moment de la création de l'euro.
Ainsi, l'euro ne peut pas fonctionner comme une monnaie européenne commune, s’il n’est pas soutenu par le Pacte de Stabilité, dont les critères strictes de nivellement et irréalistes sont un obstacle permanent au développement, en particulier pour les pays les plus faibles économiquement de l'UE et de la zone euro. Le Pacte de Stabilité impose un environnement monétariste brutal, dont la seule position autorisée est celle de la stabilité monétaire, sur l'autel de laquelle sont sacrifiés d'autres objectifs tels que celui de la croissance rapide, du plein-emploi et de la répartition plus équitable des revenus. Avec forcément un même costume taillé pour tous les pays membres, sans prendre en compte leurs spécificités et leurs priorités, l'UEM[10] impose des termes inflexibles et largement irréalisables tels que l'inflation qui ne doit pas dépasser 2 %, le déficit public qui doit rester inférieur à 3 % du PIB et la dette publique qui ne oit pas dépasser 60 %. Et en ce qui concerne le taux d'intérêt, il devra lui aussi être le même dans tous les États membres[11], ce qui n'a jamais été possible. C’est avec l’éclatement de la crise grecque que l’on a pris conscience de l’absurdité du schéma de l'UEM qui fournit une monnaie unique aux États membres de la zone euro, mais pas de politique commune pour lutter contre la dette et les déficits. Avec la crise grecque il est devenu clair aussi que les économies dont les devises sont soutenues par des gouvernements indépendants peuvent entretenir, à long terme, d'énormes déficits et dettes, tels que le Japon et les États-Unis. En revanche, il en va tout autrement pour les économies de la zone euro.
Ce socle branlant sur lequel a été construit l’euro, sans base théorique et sans précédent, a conduit au manquement complet à toutes les promesses de l'UE tels que la convergence nord-sud, la croissance rapide de l'ensemble de ses États membres, une répartition plus équitable des revenus mais aussi la cohésion sociale et la solidarité. Ainsi, après la création de l'euro, révèle-t-on une divergence et non une convergence entre le nord et le sud[12] et il arrive souvent que l'UE fonctionne à deux vitesses[13]. La monnaie commune est également responsable de la grave détérioration des économies de l'Europe du sud. Et plus que tout, l’évolution récente des choses a montré que la crise grecque et la crise du sud-est de l’Europe sont, en fait, une crise de l'UEM et de l'UE, et que cette crise se manifeste à travers ses banques.
Un autre aspect très important de cette catastrophe du sud était l’incapacité de la monnaie unique à servir des niveaux de développement si différents. L'économie réelle n'a pas suivi la convergence monétaire.
Maintenant, on peut aisément faire valoir que la Grèce n’aurait jamais dû chercher à adopter l'euro si tôt, en prenant un tel risque (comme cela a été prouvé par la suite), et n’aurait jamais dû être autorisée à entrer dans la zone euro avec une parité drachme-euro ravageuse si élevée. En dépit de l'enthousiasme infondé qui prévalait à la veille de notre entrée dans la zone euro, j’avais exprimé par écrit, cette fois-là encore, mes objections, et avais expliqué les raisons de mon opposition[14]. En outre, le fait que l'unification monétaire non seulement ne comprenait pas, mais était en plus indifférente à l'unification sociale était une erreur mortelle, et qu’elle encouragerait au contraire la concurrence fiscale et sociale au sein de l'UE, l’affaiblissant et préparant l'effondrement de l'État social européen.
La création de l'euro a, entre autres choses, provoqué la transformation de la convergence, prévue par le traité de Maastricht, en une accélération du taux de croissance de l'Europe du sud par rapport à celui de l'Europe du nord. Ces différences de taux de croissance ont eu pour effet d'augmenter le déficit commercial du sud, et l'excédent commercial du nord, mais surtout de l'Allemagne, qui s’est consolidé et ne cesse d'être important, même avec la crise. C’est ainsi que la force vitale, l’espoir d’une amélioration de la compétitivité et du potentiel de croissance de chacune des économies européennes les moins développées leur ont été retirés et que cela continue, et que toute augmentation de l'excédent commercial allemand se retrouve dans la diminution de la compétitivité de l'Europe du sud. Dans le même temps, les économies du sud en particulier ont commencé à créer des déficits budgétaires qui dépassaient la limite autorisée par le Pacte de Stabilité, mais le taux très bas auquel elles pouvaient emprunter auprès de la BCE[15] obscurcissait, pour longtemps, cette situation périlleuse, et les économies déficitaires telles que la Grèce n’étaient pas du tout incitées à réduire leur déficit. À noter qu’en 2009, au début de la crise de la dette, les importations faites par la Grèce en provenance d'Allemagne s’élevaient à 6,1 milliards d’euros, tandis que la valeur des exportations grecques vers l'Allemagne était de seulement 1,7 milliard d’euros. La faillite de Lehman Brothers avait semé la panique et les ministres des États membres de l'UE avaient voulu prendre des mesures collectives au niveau européen afin d'éviter la même situation à l'avenir. Mais la chancelière Allemande avait alors rejeté cette proposition et fait valoir que « chaque pays doit être responsable de ses banques »[16].
Cependant, au-delà des choix de la politique européenne qui, comme nous l'avons déjà souligné, ont gravement affaibli les économies les moins développées, le ballet de la réduction du fardeau fiscal a eu un impact là aussi très négatif[17]. Cela a commencé aux États-Unis avec le président Bush et s’est étendu, en une tendance générale, au monde entier.
Dans cet article, je mettrai l’accent particulièrement sur des faits concernant le cas de la Grèce, à partir desquels a commencé cette crise du surendettement de l'Europe du sud. Tout d'abord, soulignons que la charge fiscale en Grèce, en pourcentage du PIB était avant la crise de la dette ‒ mais ne l’est plus ‒ à la traîne par rapport aux 26 autres économies de l'UE, contredisant lamentablement l’un des nombreux mythes concernant les impôts prétendument trop excessifs[18]. En effet, la fiscalité directe ne représentait que 7,7 % du PIB en Grèce, tandis que dans l'UE des 27, elle était de 13,1 %. Outre cette faible charge fiscale, il y avait au niveau mondial une tendance générale à la réduction chronique[19]. En outre, au cours de la dernière décennie, et malgré l’ampleur énorme de l’évasion fiscale, estimée à 30 milliards d’euros en 2010[20], le taux d'imposition sur les hauts revenus a baissé de 45 % à 40 %. Encore plus problématique est la baisse de la charge fiscale des entreprises entre les années 1989 et 2000 : le coefficient de 46 en 1989 est tombé à 35 en 2000[21].
Bien que pour la Grèce, il n’y ait pas d’éléments de preuve suffisamment fiables et continus et que les riches ne paient pas d'impôts, ceux-ci sont néanmoins indirectement garantis par une imposition excessive des salariés et des retraités, et leur écrasante participation à l’ensemble des recettes fiscales. Je tiens cependant à mentionner à titre indicatif deux éléments et exemples flagrants de fraude fiscale au bénéfice de multinationales en 2008 : selon un rapport publié dans le quotidien Eleftherotypia[22], HELEX (Hellenic Exchange), propriétaire de la Bourse d'Athènes, avec des gains de 105 millions d’euros, aura payé 13 millions d’euros d’impôts, soit... un taux effectif de 12,4 % au lieu de 25 %, tandis que TITAN, avec des gains 113,29 millions d’euros, aura payé 7,3 millions d’euros d’impôts, soit un taux réel de 6,47 %.
Il s’agit de toute évidence d’un phénomène international et pas seulement grec, qui fait partie des privilèges croissants des oligarques. Il est rapporté récemment qu'en France, les rois du CAC 40 ont réalisé 80 milliards d’euros de bénéfices, qu’ils n’investissent pas en France, où ils ne paient pas d’impôts, profitant du principe budgétaire à la mode, selon lequel « plus on est riche, moins on paie d’impôts »[23]. En outre, les exonérations fiscales sur le capital, en dépit de la hausse des déficits publics, ont augmenté de 47 % en cinq ans, de 2003 à 2005, passant de 53 à 73 milliards d’euros[24].
Revenons au cas de la Grèce où les néolibéraux, tous ensemble et avec beaucoup d'autres mythes, prétendent que l'économie a sombré dans la dette en raison des coûts élevés de l'État-providence. Ce point de vue, non seulement ne correspond pas à la réalité, mais est en plus démentie par une étude[25], d’où il ressort la chose suivante, complètement à l'opposé de ce qui précède : « La Grèce a toujours dépensé moins que les autres économies sociales-démocrates européennes. Le véritable problème auquel sont confrontés les Grecs n’est pas de trouver un moyen de réduire les dépenses, mais d’augmenter ses recettes ». Or, le mémorandum, à travers ses objectifs, parvient exactement au contraire, à savoir qu’il réduit davantage encore les recettes de l'État en raison de la récession qui fonctionne comme un cercle vicieux. Ajoutons à cela que la hausse de la TVA accentue les inégalités déjà grandes de la répartition des revenus, puisque son pourcentage dans le revenu des bas salaires, qui habituellement empruntent pour consommer, est plus élevé que l'équivalent des revenus plus élevés[26]. Un autre facteur qui a eu un impact significatif sur la création de la crise de la dette grecque ‒ et pas seulement ‒ est le faible taux d'intérêt[27]. En effet, avec l'hypothèse infondée néolibérale que les risques sont réduits mais aussi qu’ils peuvent être rapidement pressentis dans un marché qui s’autorégule, le taux d'intérêt a été maintenu pendant longtemps à un niveau extrêmement bas, encourageant ainsi l'emprunt en général, aussi bien par des États que par des privés. La liquidité excessive    a elle aussi contribué à ces faibles niveaux de taux d'intérêt, résultat de l'augmentation des inégalités de la répartition des revenus et des déséquilibres mondiaux, en particulier de la balance commerciale[28]. Sur ce point, toutefois, il nous faut mentionner d'abord le faible taux d'intérêt, qui était à peu près le même pour tous les pays de la zone euro et dont le niveau était défini par la BCE, et d'autre part le niveau de l'inflation, qui était différent dans chacun des pays membres et qu'il était impossible d'unifier à l'aide de mesures de l'UE. Ainsi, le fait que la Grèce ‒ et les autres économies de l'Europe du sud ‒ aient eu un niveau d'inflation plus élevé que la moyenne équivalente des économies de l'Europe du nord, pendant la période 1997-2009, a contribué de manière décisive à leur surendettement, étant donné qu’une certaine forme de prêts finissaient même par avoir un taux d'intérêt négatif. En effet, alors que le niveau moyen des prix en Grèce, avec un indice base = 100 en 1997 a grimpé à 146,4 en 2009, le chiffre correspondant pour l'Allemagne était de seulement 119,2[29]. En Grèce, notamment, en ce qui concerne l'endettement du secteur privé ‒ certainement beaucoup plus faible que dans beaucoup d'autres économies ‒ on pourrait parler de pressions constantes et diversifiées des banques afin de le convaincre de contracter un prêt. Il va évidemment de soi que cet endettement d’économies moins développées, dont la compétitivité baissait constamment, était très favorable aux pays européens avancés, car ainsi ils augmentaient leurs exportations, étant donné que les économies de l'UE les moins développées n’avaient la possibilité de réduire leurs déficits commerciaux par le biais d'une augmentation de leur taux.
Par conséquent, le surendettement de l’Europe et plus que toute autre de la Grèce, n’est pas du tout accidentel, et surtout il n’est pas dû à ces « bons à rien » de Grecs. Au contraire, il est le résultat de la mise en application de l'idéologie néolibérale, visant au désengagement de l'État et à l'application des règles communautaires qui favorisent les économies avancées, tout en fonctionnant verticalement au détriment des plus faibles. On a malheureusement oublié, en particulier au sein de l'UE, que ce ne sont pas seulement les déficits commerciaux qui créent des déséquilibres, mais que ce sont aussi les excédents commerciaux. Je rappelle que Keynes[30] soutenait la nécessité d'imposer une taxe sur les balances commerciales excédentaires, de sorte que le poids de l'équilibre ne doit pas être laissé aux seuls pays les moins avancés, dont le seul instrument à leur disposition, en tant que pays de l'UE, est la baisse des salaires réels.
Bien que, depuis les années 1980, les tentacules du néolibéralisme se soient étendus à travers le monde, l'Europe a été plus infectée que les Etats-Unis. Voici ce qu’en dit James Galbraith[31]: « Toute la conception de l’UE s’est construite autour de non-sens économiques néoclassiques… et c’est pourquoi l'UE est économiquement plus libérale que les États-Unis ».
Un rôle important dans le déclenchement de la crise en Europe du sud a eu la décision des gouvernements nationaux de soutenir les banques, qui étaient menacées d'effondrement. Ce soutien ou ce sauvetage, dans de nombreux pays, a nécessité des sommes énormes et a provoqué la colère des contribuables, à juste titre, car, alors que les salaires sont réduits, entraînant une baisse dangereuse de la part du travail dans le PIB, les banquiers, qui ont une responsabilité déterminante dans le déclenchement de la crise de 2007, sont récompensés par des profits juteux. On estime que pour le sauvetage des banques dans le monde, c’est un montant énorme de 11,4 trillions de dollars qui a été mis à leur disposition, ce qui correspond à 1 676 dollars pour chaque habitant de la Terre[32] ‒jusqu’en 2010. Et le résultat est qu'en raison de ce généreux soutien de l'État aux banques, tous les gouvernements sont à la merci des marchés parce qu'ils n'ont plus les moyens de faire face aux déficits publics et aux dettes. C’est le système bancaire grec qui est le plus dépendant des fonds de l'UE auprès de la BCE, après celui de l'Irlande. Soutenir les banques est absolument inévitable, mais ce soutien devrait être combiné à des conditions précises, telles que faciliter l'octroi de prêts, rendre possible une intervention substantielle des gouvernements dans les décisions et les actions, et nationaliser une partie d'entre elles, comme cela a été fait en Irlande.

II. L’euro et le traitement inefficace de l’importante dette publique de la Grèce
Il y a une multitude d'indications traumatiques concernant la crise du surendettement de la Grèce et de l'Europe en général, et qui se basent sur l'argument selon lequel les crises ont d’une certaine façon été provoquées, encouragées, n’ont pas été traitées à temps ou qu’on leur a accordé plus d'importance qu'elles n’avaient vraiment. Pour le cas de la crise européenne les prêts excessifs, il est facile de conclure que l'Europe dans son ensemble, n’avait pas une dette supérieure à celles d'autres économies riches du monde[33]. Or, c’est la panique de l'Allemagne face à l'inflation qui est peut-être responsable de l’abandon trop rapide des mesures d'incitation visant à la reprise économique de la crise[34]. C’est elle encore qui a décidé de la façon de gérer la dette. Plus précisément, l'austérité imposée aux autres économies européennes, l’une après l’autre, en dépit de la très faible inflation, voire de la stagflation concernant le cas de la Grèce, plongera l'Europe tout entière dans une récession durable. À souligner encore que, en fait, aucune raison ne nécessite la disparition de cette dette publique européenne et des déficits, dans un délai si court comme l’exige l’Allemagne notamment. Au lieu de cela, il serait préférable et moins dangereux que le remboursement de la dette soit étendu sur une durée plus longue. Cette lutte inflexible contre la dette et les déficits publics reflète néanmoins le point de vue néolibéral fanatique qui considère le côté de la demande comme insignifiant, parce que prétendument dépendant de l'offre. Il est certain que le traitement de ce problème par l’Allemagne, qui l’a malheureusement complètement emporté dans la zone euro, étranglera et ne consolidera pas l'Europe du sud.
« L'Europe a mal géré la crise grecque...», selon le prix Nobel Amartya Sen[35].
Et dans ce climat artificiellement catastrophique, on a presque oublié que le poids infinitésimal de notre pays au sein de l'Europe ne pouvait en aucun cas menacer ni la monnaie unique européenne, ni la stabilité monétaire de l'Union. En revanche, la panique d’abord injustifiée a été provoquée par le comportement déplacé de l'UE associé à celui du gouvernement grec. Car il est clair, en effet, que puisque la panique des Européens devait commencer quelque part, il a été certainement illogique qu’elle commence par la dette de la Grèce auprès des banques étrangères, elle aurait dû être déclenchée par la dette espagnole ou portugaise, comme en témoignent les estimations suivantes[36] : le total des dettes de la Grèce, du Portugal et de l'Espagne auprès des banques européennes est estimé par les analystes de la Royal Bank of Scotland à 2,2 trillions d’euros, dont 338 milliards pour la dette grecque. Et le niveau de déficit public de la Grèce n’arrive pas en tête, c’est celui de l'Irlande, avec 20 % initialement du PIB[37], qui sont passés en cours de route à 32 %.
En conclusion, si le problème avait été considéré dès le début comme un problème général du sud de l'Europe, et non pas exclusivement grec, et si le directoire de l'UE  ait déclaré immédiatement après le déclenchement de la crise grecque, son total soutien à l'Etat membre, il est probable que toutes ces évolutions tragiques auraient pu être évitées, et il y aurait eu du temps pour trouver une solution plus calme et moins douloureuse.
L'absence ostentatoire de toute solidarité de la part de l'UE, les commentaires fort désagréables et injustes à l’encontre du peuple grec, la nette préférence des responsables pour le sauvetage des profits des banques et non pour la survie du peuple grec justifient, hélas, absolument le refus de la Slovaquie d’aider au remboursement de la dette grecque qui devait y contribuer à hauteur de 816 millions d’euros... autrement dit, la Slovaquie a refusé d'aider les banques européennes[38].

A. L’euro et la lutte contre la crise de la dette
Ce qui caractérise la façon dont a été gérée la crise est une austérité asphyxiante, le but étant de ne pas mettre en péril la stabilité de l'euro. Il convient de préciser que l'euro n’est pas le principal responsable du drame vécu par la Grèce, mais que c’est le Pacte de Stabilité, sans lequel cette devise très particulière qu’est l'euro ne pourrait survivre.
Ce constat n’est pas du tout exagéré, il est d’ailleurs vérifié chaque jour, à savoir que le problème essentiel de la Grèce ‒ comme de l’ensemble de l’Europe du sud ‒ n’est pas tant le niveau élevé des déficits publics et l’importance de la dette, que l'introduction de mesures tout à fait inadaptées pour y remédier. Des mesures qui en plus créent et puis maintiennent et augmentent la dette et les déficits. L'absurdité du mémorandum réside précisément dans ce qu'il est un ramassis de mesures qui sont non seulement totalement inefficaces, mais ont surtout irrémédiablement aggravé la situation financière, économique et sociale de la Grèce. Il est extrêmement difficile de ne pas tenir compte de la multitude des affirmations officielles fausses selon lesquelles « sans le mémorandum point de salut », «le mémorandum est la seule solution » « seuls des ennemis de la patrie sont opposés au mémorandum », et d’autres du même acabit ; il est extrêmement difficile aussi en raison de l'ampleur et de la gravité de la crise que nous vivons, mais aussi de la capacité de la population à se former un jugement correct et réagir de façon rationnelle.
Αu tout début de la crise, lorsqu’elle a éclaté, dans mes nombreux articles, dans des journaux et périodiques grecs et des revues scientifiques internationales, dans des conférences, dans des congrès en Grèce et à l'étranger, mais aussi avec mes apparitions à la télévision[39], j’ai jugé de mon devoir d’expliquer les raisons pour lesquelles, à mon avis toujours, les objectifs du mémorandum ne peuvent être atteints, la situation financière grecque, au fil du temps, se détériorera et ne s’améliorera pas, et c’est pourquoi il est nécessaire de changer fondamentalement notre stratégie suivie[40]. Je ne suis certes pas la seule économiste à avoir soutenu que le mémorandum ne pouvait être appliqué, puisque beaucoup de Grecs et de nombreux étrangers partagent mes inquiétudes, et puisque le sauvetage de la Grèce suppose surtout et avant toute chose qu’elle se libère de ce mémorandum en particulier[41]. Permettez-moi d'ajouter que d’une manière générale, j’ai constaté que le programme de stabilité budgétaire de la Grèce n’a pas de précédent à l'échelle internationale concernant ses objectifs[42] très ambitieux ‒ voir irréalistes ‒, impliquant des mesures dures et inhumaines. Parce que, si les mesures de notre politique économique et financière visaient, avec constance et cohérence, un seul et même objectif qui pourrait réduire et finalement résorber la dette et les déficits, et qui permettrait d'assurer la croissance du PIB à un rythme plus rapide que celui de la dette et des déficits, le problème qui nous préoccupe tant, et qui nous épuise au niveau national, social et économique serait, comme par magie, résolu. Il aurait fallu pour cela avoir choisi une politique de croissance agressive, en effectuant d'importants investissements publics, de 10 % ou plus de notre PIB, pour être efficace. Je voudrais à ce point mentionner la confession officielle du chef des macro-économistes du FMI, Olivier Blanchard, qui au début de 2013 a reconnu que le programme imposé à la Grèce contenait des erreurs tragiques et risquait de provoquer une récession, de l’ordre de 200 % de plus par rapport à celle initialement prévue[43]. Et je complète avec la proposition de l'ancien chef du département européen du Fonds Monétaire International, Reza Mogkantam, qui demande une restructuration de la dette grecque de 50 %. Lui-même admet que le plan imposé à la Grèce pour la période 2010-2014 était basé sur des convictions erronées, reconnaissant sa part de responsabilité. Dans une lettre publiée dans le Financial Times, il admet que le plan de soutien à la Grèce reposait sur des convictions trop optimistes quant à la croissance, l'inflation, l'effort budgétaire et la cohésion sociale[44].
Or, prendre la décision d’un changement radical de ce plan tragiquement dangereux était impensable, chose qui révèle à quel point les économies modernes, sous le rouleau compresseur du néolibéralisme, ont complètement cessé de fonctionner dans le contexte des possibilités du modèle keynésien. En revanche, à partir de 1980, la seule recette de développement qui soit imposée, mais aussi celle qui fut un grand échec, est celle du libéralisme économique, pleinement approuvée par l'UE et le FMI. Et comme l'a récemment souligné Robert Zoellick lors d'une conférence qu’il a donnée à l'Université de Georgetown[45] « L'approche économique ne comprend pas tout correctement, mais peut se tromper d’une façon impressionnante », « les économistes ont tendance à suivre les engouements et les modes », « les courbettes de la pensée s’effondrent face aux assauts de la réalité ».
Il serait pour le moins logique que nos inquiétudes pour la Grèce et l'ensemble du sud de l'Europe sur les déficits et la dette, soient canalisées vers la recherche de solutions efficaces, qui se trouvent forcément dans une politique du développement plutôt que dans une politique de restriction. Cependant, et c’est la réalité tragique, les préoccupations et les efforts tournent autour de la tentative visant à trouver les méthodes les plus efficaces d'étranglement de toutes les possibilités de développement des économies malheureuses, maintenant et dans l'avenir. Avec une sobriété olympienne, les responsables politiques compétents enregistrent le nombre de fermetures d’entreprises[46], le taux de baisse du PIB, l'augmentation du taux de pauvreté[47], le taux de chômage extrêmement élevé... déclarent que « tout va bien » et qu’ainsi nous poursuivrons au moins jusqu'en 2024 ! Le pays est pris dans un cercle vicieux, puisque les décideurs compétents, Grecs et Étrangers, se focalisent sur les déficits et dettes élevés, qu’ils cherchent à réduire à coup de mesures anti-inflationnistes dures, espérant que les solutions viendront de la croissance faible, qui sont précisément les principales responsables de notre incapacité à affronter nos difficultés.
À ce point entre en jeu le problème vraiment insurmontable de la Grèce : en tant que membre de l'UE et de la zone euro, elle n'a pas le droit de tracer une politique macroéconomique qui promettrait une sortie rapide et efficace de la crise du surendettement. Cette politique est décidée et appliquée dans les Etats membres par le directoire de l'UE. Et ainsi, le problème semble-t-il insurmontable. Et, portant, il faut de toute urgence chercher et adopter des solutions de rechange, parce que pour la Grèce, cette mise en hibernation pour un nombre indéterminé d'années est un suicide, aussi longtemps qu’elle aura de si nombreux fronts ouverts et menaçant sa survie, tandis que des espoirs fondés d’exploitation de nouvelles richesses et tandis que le besoin urgentissime de réformes structurelles se fait ressentir. Je pense, bien sûr, à des réformes diamétralement opposées à celles qui sont déjà en cours et sont absolument mauvaises.

Outre l’écueil monolithique qu’est le Pacte de Stabilité, lequel condamne l'économie européenne à un marasme constant, le modèle de croissance invariablement suivi par l'Allemagne, bien qu’insuffisamment stigmatisé, est un désastre pour l'ensemble de l'UE. Car l’Allemagne[48] applique, sciemment, une politique mercantiliste dans ses relations avec l'étranger et au quotidien à l’intérieur de ses frontières.

Ce modèle de développement de la plus grande et plus forte économie européenne a plongé le continent dans une récession permanente avec un taux de chômage de longue durée à deux chiffres. Le coût est énorme: réduction des salaires réels, même ceux de la classe moyenne, accompagnée d’une forte baisse de la demande, montée en flèche de la pauvreté et des inégalités, approfondissement des écarts de développement entre les États membres. Depuis longtemps, donc, le besoin de changements dans le fonctionnement global de l'UE et de la zone euro, ainsi que l'affaiblissement de l'Europe dans la première moitié du 20e siècle, attribué à une guerre commerciale entre les États membres[49] devient extrêmement urgent. La crise mondiale, mais surtout la crise européenne du surendettement, semble accélérer le rythme de changements majeurs, qui semblent déjà en cours. Il est donc impératif de prendre conscience, en ces moments si critiques, où le monde entier est en danger, et plus qu’ailleurs au sein de l'UE, que les problèmes et les solutions qui vont façonner nos vies et celles de nos descendants dans les décennies à venir, ont peu à voir avec notre dette et nos déficits. Il est presque certain que ces changements transversaux, déjà lancés dans l'UE, même s’ils n’ont pas encore acquis une forme spécifique, invalideront la plupart des mesures du mémorandum, tandis que les objectifs de beaucoup d'autres d'entre elles changeront. Les sacrifices effectivement inhumains auxquels est actuellement soumis le peuple grec, pour une durée indéterminée, se relèveront sans retour, non seulement parce que la mixture de la politique appliquée est totalement inefficace, mais aussi parce que l’environnent, les conditions et les exigences de l'UE auront, entretemps, complètement changé.

B. Les conséquences pour le cas grec
Le premier élément, et le plus spectaculaire aussi, a trait à l'évolution de la dette publique en pourcentage du PIB qui détermine sa viabilité. En 2009, le taux était de l'ordre de 120 %, la dette était donc à peu près viable, sans qu'il soit nécessaire de jeter le pays dans les mâchoires du FMI. Après les sacrifices inhumains demandés à la population pendant environ 6 ans, mais surtout après le fameux fiasco, la restructuration de la dette pour avoir été décidée trop tard, celle-ci a grimpé et représente aujourd'hui 180 % du PIB. Et il est évident qu’elle n’est pas viable. Ce désastre est dû au plan imposé par la troïka et dont l’échec est complet, qui a ruiné notre PIB entre 2008 et 2015 de 26 %. Aucun pays n’a jamais subi un désastre d’une telle ampleur en temps de paix. Le chômage officiel touche 27 % de la population active, le chômage réel est estimé à 34 % et chez les jeunes son taux atteint 62 %, alors qu’il n’était que de 10,9% avant la crise. Le raid fiscal, comme il ne pouvait ou ne voulait contrôler l'évasion fiscale, continue de s’en prendre aux travailleurs qui perdent ainsi 34,4 % de leurs revenus, comparativement à seulement 22,5 % en moyenne des travailleurs dans les pays de l'OCDE, mais aussi contre les retraités et les propriétaires. Le revenu de ces derniers a été réduit de 30 à 35 %, d'abord par des réductions successives de loyer et par le nombre considérable d'espaces non loués, et d'autre part par des impôts supplémentaires excessifs ‒ avec l’ENFIA, taxes sur les biens fonciers absurde et injuste ‒, dont l'originalité témoigne d’une imagination morbide. À cause de ces taxes, les propriétaires sont en fait obligés de racheter en quelque sorte leurs biens ou de les abandonner. C’est ainsi que le secteur de la construction est au point mort. Mais quel est le résultat de ce carnage fiscal ? Incroyable, à première vue, mais pourtant vrai, les recettes fiscales, ont coulé : 32,7 milliards d’euros en 2013, au lieu de 34 milliards par rapport à la même période de neuf mois en 2012. Inévitable, bien sûr, ce résultat est décevant, compte tenu qu’avec les mesures du mémorandum génocidaire, les revenus déclarés en 2013 étaient de 12,3 % inférieurs à ceux de 2012. Les impôts confirmés ont diminué de 47 %. Et de plus, des quelque 2,8 millions de ménages grecs, 2,3 millions ont des dettes fiscales qu’ils sont dans l’impossibilité de rembourser. Inutiles et catastrophiques, les mesures qui ont ainsi conduit les Grecs dans la misère, car elles ont épuisé leur capacité à payer leurs impôts. Voilà pourquoi un récent rapport de l'OCDE a tiré la sonnette d'alarme et conseille à la Grèce de repenser sa politique fiscale. La demande, qui est le moteur du développement en Grèce, a littéralement coulé puisque les salariés et les retraités ont vu leurs salaires et pensions perdre 30-35 %, et 12 à 15 % d’impôts supplémentaires qui continuent de peser sur ces catégories, plus 3 à 4 % de pertes dues à la contraction des services de santé et de soutien pharmaceutique.
Les PME, marchands-artisans-fabricants n’ont pas résisté à la chute de la demande sur leurs produits, ni au refus des banques d’accorder des prêts. Les innombrables commerces aux rideaux baissés et cadenassés rappellent des villes fantômes. Les agriculteurs sont depuis longtemps, ruinés par la PAC, qui a détruit de nombreuses cultures traditionnelles, mais aussi par la complète libéralisation du commerce international, qui a encouragé les importations, y compris les produits agricoles de base, tels que tomates et fruits, même si la production locale est favorisée par le climat privilégié de la Grèce. Les dépôts bancaires des Grecs ont littéralement sombré. Pour la seule période de 2008 à 2013 des pertes de 74 milliards d’euros sont enregistrées et la saignée continue. Notre marché du travail n’a pas tardé à ressembler à celui du Tiers-Monde, supprimant toutes les mesures de protection des travailleurs. 3,4 millions de Grecs ont du mal à survivre. Voici quelques-unes parmi beaucoup d’autres évolutions dramatiques présentées comme des success stories, ce qui pourrait faire sourire si la situation n’était par ailleurs si tragique. 
La supposée croissance apportée par les mémorandums s’appuie depuis le temps sur trois piliers :
* Le premier, c’est la croyance infondée, selon laquelle la dévaluation interne permettrait d’augmenter les exportations et de sauver le pays. La croissance des importations, faible et discontinue, quand elle est enregistrée, profite de la diminution de la consommation intérieure et pas de l’augmentation de la compétitivité de l'économie.
* Annoncé comme la seconde voie de notre prétendu sauvetage, la « ruée » tant attendue des IDE. Au lieu de cela, nos investissements publics, en deux ans à peine, de 2011 à 2012, ont dangereusement chuté, d'environ 40 %. Et il va de soi que dans ces épouvantables taux ne sont pas calculés la détérioration des installations de production qui ne sont pas utilisées, chose indispensable pour leur bon fonctionnement et pour leur remplacement et leur amortissement. Hélas, il n’y a pas que les investissements publics qui ont coulé à cause des mémorandums, il y a aussi les investissements privés : en 2013, les investissements privés étaient deux fois moins que ce qu’ils étaient en 2007, soit 13,2 % du PIB contre 26,7 % en 2007. La destruction ne concerne pas seulement les salariés et les retraités, mais s’étend également aux entrepreneurs, même si elle n’est pas perceptible au premier coup d'œil. C’est l’ensemble de la classe moyenne qui est touchée.
* Nos responsables du gouvernement, après l'évolution décevante des deux premiers piliers supposés du développement, ont concentré tous leurs efforts pour atteindre l’excédent primaire, auquel ils ont donné des qualités presque surnaturelles et qu’ils ont clamé avec un enthousiasme débridé, mais, comme on pouvait s’y attendre, cet enthousiasme n’a pas été partagé par nos partenaires, ni par les Grecs un tant soit peu sérieux et les analystes étrangers. On pourrait s’étendre sur cet excédent primaire douteux, sanglant, négatif génétiquement modifié qui provient :
‒ de l’effondrement et non de l’augmentation du PIB, lui-même un oxymore ;
‒ des manipulations criminelles grâce auxquelles l'excédent primaire a pu être atteint, et qui devraient tempérer tout triomphalisme.
L’austérité excessive, idée fixe de la chancelière allemande, qui vise directement la stabilité de l'euro, a détruit l'économie grecque, et a en même temps plongé dans la récession permanente et l'équilibre de sous-emploi l'Europe tout entière. La politique macroéconomique de J.M. Keynes, qui a permis, pendant les trente années glorieuses de l'après Deuxième Guerre mondiale, un rythme effréné du progrès dans le monde développé d’alors, mais aussi une répartition plus équitable des revenus, a été complètement oubliée, alors qu'il avait lui-même mis en garde contre les effets dévastateurs de l'austérité : « Réduire les dépenses en période de récession, c’est tout simplement empirer la situation ». Malheureusement, le fanatisme idéologique de nos dirigeants ignore complètement le passage de Keynes sur la Terre, et utilise la Grèce comme premier animal de laboratoire.

III. La solution : le retour à notre monnaie nationale, la nouvelle drachme
L'euro, monnaie malade et neutre, inextricablement liée au Pacte de Stabilité, a gravement affaibli l'Europe. La montée de l'euroscepticisme, qui s’exprime par le mécontentement d’un nombre croissant de citoyens Européens, mais aussi par des changements décisifs dans les équilibres politiques européens, soulève de graves inquiétudes quant à la viabilité de la monnaie européenne unique. Des estimations sérieuses soutiennent que l'euro ne résistera pas et sera détruit par l’éclatement d'une nouvelle crise financière qui, assurément, ne saurait tarder.
Plus précisément, au sujet de la Grèce, ma position depuis le début de la crise de la dette est claire et stable[50]. À savoir que, en dépit des risques et des complications liées à la sortie ‒ événement sans précédent‒ de la zone euro, y rester n’offre malheureusement aucune solution. L'économie grecque est ravagée et il est urgentissime de recourir à un plan de reconstruction et de développement. La mise en œuvre d'un tel plan n’est pas possible avec les liquidités fournies au compte-gouttes par la BCE. En effet, aucune économie ne s’est jamais développée dans le passé  sans liquidité confortable et au sein d’une  l'inflation controlée. Par conséquent, seule un retour à sa monnaie nationale pourrait, dans certaines conditions, assurer à l'économie grecque ravagée sa reconstruction et un développement rapide, nécessaire pour lui permettre de rembourser cette part de la dette qui n’est pas onéreuse et honteuse et n’est pas soumise à un processus de compensation avec les dettes équivalentes de ses partenaires envers elle.
Ces lignes sont écrites à un moment où la négociation est en cours, entre le nouveau gouvernement grec du SYRIZA et les créanciers. L'obsession des « institutions » (c’est ainsi que la troika est maintenant appelée) qui demandent des mesures encore plus inhumaines sans pour autant garantir le remboursement de la dette, intensifient l'appauvrissement de la population, est tout à fait inacceptable, criminelle et tout compte fait, sans aucun contenu. Car, à partir du moment où les mesures imposées à l'économie grecque sont totalement inefficaces et qu’elles se traduisent par une baisse continue du PIB, l'augmentation du chômage et l’intolérable, dans ces conditions, écroulement des recettes publiques, il est clair que ce plan fou de l'austérité asphyxiante devrait être abandonné, sans la moindre hésitation.
Malheureusement, le gouvernement SYRIZA est coincé entre sa promesse électorale de maintenir à tout prix la Grèce dans la zone euro et les multiples promesses concernant la mise en œuvre de mesures concrètes qui feront sortir la Grèce de la crise. Comme je l'avais prédit[51], et comme l’a confirmé le professeur Gérard Lafay[52], il est impossible de réaliser les deux à la fois. Le Premier ministre Alexis Tsipras semble avoir choisi le maintien du pays dans l'euro au détriment du redémarrage de l'économie, et de remédier à la crise humanitaire. Les raisons sont nombreuses. Mais ce qui est certain, c’est que la poursuite de la destruction de la Grèce qui fléchit face aux exigences absurdes des créanciers ne constitue pas une réponse, tandis qu’un retour à la monnaie nationale serait, je pense, déterminante. Soit en même temps que d'autres économies membres de la zone euro, soit la Grèce isolément. Il va de soi, néanmoins, que plus le temps passe et plus la crise s’approfondit, plus la reprise sera difficile. Permettez-moi d’ajouter que je suis convaincue ‒ conviction partagée par d'autres économistes ‒ que si nous étions revenus à notre monnaie nationale en 2010, la Grèce serait maintenant dans une phase de croissance rapide.  
Citions maintenant, très brièvement, les étapes et actions que devrait faire la Grèce pour se tirer d’affaire, et qui ne diffèrent pas de ce que je soutenais en 2010[53] :
1) Stopper les paiements (évidemment, les paiements extérieurs ‒ ce qui aurait dû se faire dès 2010).
2) Obtenir, si possible, des prêts en provenance de pays extérieurs à l’UE.
3) Déclarer aux créanciers que la dette sera payée en drachmes, après en avoir retiré la part odieuse, et après avoir obtenu compensation des dettes allemandes auprès de la Grèce.
4) Imposer des restrictions sur les mouvements de capitaux (ce qui aurait dû être fait depuis longtemps pour arrêter la saignée des dépôts), et imposer des restrictions sur l'importation de produits de luxe.
5) Renforcer la demande intérieure en augmentant les revenus et les pensions des bas salaires et des petites retraites.
6) Formation d’un programme de développement, en mettant l’accent particulièrement sur l'agriculture, afin de répondre rapidement aux besoins alimentaires de base.
7) Établir une liste d'investissement prioritaire et appeler les Grecs à rapatrier leurs dépôts pour les investir en Grèce (en trouvant les moyens de les y inciter) ;
8) Appeler à la coopération de toutes les forces saines du pays et mettre en place à des postes-clés ceux ayant des compétences élevées et des connaissances propres à chaque poste. Par la même occasion, on observe que l’installation de « parents et amis » à des postes-clés, en si grand nombre et en si peu de temps, est clairement préjudiciable au gouvernement.
La situation promet d’être difficile. Il faudra se montrer unis et ne pas s’engager avec des forces désireuses de déstabiliser le pays à des fins personnelles, pouvoir/siège.
Malheureusement, tout porte à croire qu’il n’existe aucune autre solution pour assurer un minimum de souveraineté nationale, mettre un terme à l'appauvrissement de la plus grande part de la population, relancer l'économie et réduire progressivement le chômage. Toute hésitation, dans ce domaine, équivaut à un aveu d’impuissance, à l’impossibilité de « se maintenir debout » et est inacceptable vis-à-vis de notre patrimoine culturel et aux générations futures.
*Docteur d’Etat ès Sciences Economiques (Sorbonne)
Ex Recteur et Professeur à l’Université Macédonienne (Thessaloniki)



[1] Voir G. Myrdal et F. Perroux  (1952), « Trois outils pour l’analyse du sous-développement », Cahiers de l’ISEA, série F, no 1.
[2] « Victoire à la Pyrrhus » (2010), Le Monde Diplomatique, octobre.
[3] À la veille de l’entrée de la Grèce le marché commun, j’avais exprimé de sérieuses inquiétudes, la jugeant prématurée et risquée, et j’avais proposé de la reporter à 1985, pour que le pays ait le temps de mettre en œuvre les changements structurels nécessaires. M.Negreponti-Delivanis in collaboration of V.Portaritou-Kresteniti, (1985), 2e éd.,  Analysis of the Greek Economy, éd. Paratiritis, p. 431 et suiv.
[4] Ν. Kaldor (1966), « Causes of slow rate of growth of the United Kingdom », an inaugural lecture, Cambridge, Cambridge University Press.
[5] D’autres tentatives avaient précédé, sans succès.
[6] Interview parue dans Alternatives Economiques, 10.2008.
[7] Interview parue sur le site internet CNBC.
[8] A. Misseu (2010), «Traité de Lisbonne : 1 an et déjà trop vieux », republié dans Courrier International, 2-8.2012, El Pais-Madrid.
[9] http/robertmundell.net.
[10] Union Économique et Monétaire.
[11] Ceci ne s’est jamais fait.
[12] Attribué à l’impossibilité de dévaluer ou réévaluer la valeur intérieure de la monnaie, « The Euro in crisis », Spiegel on line, 19.03.2010.
[13] Notons que les deux économies puissantes de la zone euro, l’Allemagne et la France, appliquaient les critères asphyxiants du Pacte de Stabilité de façon sélective et seulement lorsqu’elles jugeaient qu’ils ne nuisaient pas à leur économie, Currie (1998) « L’euro serait-il un succès ? », EIU en collaboration avec Oikonomikos  Tachydromos, édition spéciale, et  B.Conolly  (1995), The rottenheart of Europe, Faber and Faber, Londres.
[14]. M. Negreponti-Delivanis, a) “Pour l’UEM la Grèce a besoin de dizaines d’années » (1996), Encart spécial, Economicos Tachydromos, 2612, p. 47-48;  b) «Dévaluation de la drachme maintenant, abandon de la convergence » (1998), Naftemboriki, février, p. 46-48; c) «Efficacité discutable de la dévaluation en route pour l’UEM » (1998), Erevna, 19.06; d) «Le chemin vers l’UEM n’est pas semé de fleurs » (1998), Trikalina Nea, 19.06; e) «[La monnaie unique n’est pas la panacée » (1999), Epihiren-Makedonia (1999), 07.02; f) «Élections avec mondialisation, UEM et appauvrissement de la société » (2000), Epihiren-Makedonia, 12.03.

[15] Le même que celui auquel l’Allemagne avait emprunté.
[16] Voir G. Soros (2010), “The Euro and the Crisis”, The New York Review, 19.08.
[17] Voir www.cadtm.org.
[18] Alternatives Économiques, Hors Série : «Les chiffres de l’économie 2010»: La charge fiscal du Danemark est de 48 %, celle de la France de 43,6 %, celle de l’Espagne de 36,8 %, quant à celle de la Grèce, elle est de seulement 31,6 %.
[19] «Taxer les riches, c’est bon pour la croissance”(2010), Courrier International, No 1029, 22-28.7.
[20] Confédération nationale des travailleurs grecs.
[21] Source: Stylianou,A., Ependytis, 19-20.02.2005 et M. Negreponti-Delivanis (2010) «Les conséquences des modèles déséquilibrés de développement des Etats-Unis et de la Chine », sous presse, Laval, Québec.
[22] Article de V. Viliardou, 20.11.2209, sur l’internet.
[23] J. Dion (2011), « Les enfants gâtés », Marianne, 26.02-04.03.

[24] J.-Chr. Le Diguou (2011), « Réabiliter l’impôt », Le Monde Diplomatique, février.

[25] Center for American Progress.
[26] N. Ruiz et A. Trannoy, (2007) Impact rédistributif de la fiscalité indirecte « Synthèses et Perspectives », Institut d’Economie Publique, Marseille.

[27] «Fixing Europe’s single currency», The Economist, 25.09.2010.
[28] Je me réfère surtout au très gros excédent primaire de la Chine, mais aussi à celui de l’Allemagne.
[29] Voir «Comment la zone euro en est-elle arrivée là? » (2010), Alternatives Economiques, No 289, mars.
[30] John Maynard Keynes:  «Fighting for Britain 1937-1946», Macmillan 2000.

[31] Interview donnée au quotidien Eleftherotypia, 23.11.2009.
[32] Fr. Lordon (2010), «Et si on fermait la Bourse… « Le Monde Diplomatique, février.
[33] «Saving the euro» (2010), The Economist, 20.11.
[34] P. Krugman, The pain caucus (2010), International Herald Tribune, 01.06.

[35] Interview parue sur le site internet CNBC.com.
[36] International Herald Tribune, 5-6.06.2010.
[37] «Fixing Europes single currency», The Economist, 25.09.2010.

[38] Courrier International, no 1033, 19.08-25.08.2010, tire de Hospodàrske Noviny, Bratislava.
[39] Il va de soi que celles-ci étaient faites sur des chaînes régionales à cause… de mes prises de position peu orthodoxes.
[40] M. Negreponti-Delivanis: a) « Comment sortir de l’impasse », Paratiritis de Thrace, 09.01.2010; b) « Les cœurs étaient glacés de crainte, et comprimés par l' esclavage », Rizospastis, 22.05.2010; c) « Le FMI n’est pas sens unique »,  Epikaira, No. 32, 27.05-02.06.2010; d)  «Renégociation de la dette : notre seule planche de salut », dans Paratiritis de Thrace, 15.06.2010; e) Εργασιακό:  « Emploi: l’élimination totale des travailleurs », dans Paratiritis de Thrace, 08.07.2010   « Emploi: l’élimination totale des travailleurs européens », dans Rizospastis, 17.07.2010;  C’ est  la fin du travail], Epikaira, 16.07.2010, g)  « Cours introductifs de nouvelle économie grecque », Rizospastis, 28.08.2010; g) «Le néolibéralisme et la nature profonde de la crise», Cahiers du Cedimes, Vol. 4, No 1, Printemps 2010 p. 9-28,  «Entretien avec Pilippos Dergiadés, Makedonia, 19.01.2011 »Seule solution pour la Grèce : renégociation de la dette », « La démolition de l’État », Manifesto, 1/2011, p.19 et suiv., «La mutation de l’UE en États-Unis d’Allemagne », Epikaira, No. 69, 10/02-16/02.2011, etc.
[41] La première manifestation anti-mémorandum, menée par Mikis Theodorakis, a eu lieu à Athènes le 1er décembre 2010.
[42] Ibidem.
[43] M.Negreponti-Delivanis, « L’erreur du FMI passée sous silence », MIDEES Le Monde-Grèce, 12.03.2013.
[45] Président de la Banque mondiale. La conférence avec pour thème « Démocratiser l’économie » Alternatives Économiques, no 296, 11/2010.

[46] Cette année, 27 500 entreprises ont déjà fermé, selon les données de la Chambre de Commerce et de l’Industrie tandis que les pertes d’emplois dans le commerce sont estimées, jusqu’au mois de septembre, à 27 100, selon les données de la Confédération Grecque du Commerce et de l’Entreprenariat. Voir Kathimerini, 30.11.2010. Par ailleurs, le PIB a reculé de 4,5 % et l’inflation a dépassé les 5 %.
[47] Où la Grèce est en tête. 
[48] Et pas seulement, puisqu’à un degré moindre suivent l’Autriche et les Pays-Bas.
[49] Voir Till Van Treek (2010), « Victoire à la Pyrrhus », Le Monde Diplomatique, octobre.
[50] Maria Negreponti-Delivanis, L’assassinat économique de la Grèce et le dernier ressort :la drachme, L’Harmattan, Paris 2014 (traduction du grec par Caroline Luigi).
[51] M. Negreponti-Delivanis, « [Le programme du SYRIZA commenté »,  le 04.10.2014 et le 29.3.2015, « [Irréalisable le programme du SYRIZA dans la zone euro », publié dans l’hebdomadaire Kontranews le 29.03.2015.
[52] L’article est inclus dans le Cahier-CEDIMES sur la Grèce, éd. L’Harmattan, sous la direction de Gérard Lafay (sous presse).
[53] M. Negreponti-Delivanis, Όλη η αλήθεια για χρέος και ελλείμματα και πως θα σωθούμε [Toute la vérité sur la dette et les déficits et comment s’en sortir], Institut Délivanis/éd. Ianos, 2e éd., 2011.

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